Pierre GUY

Membre de l’Equipe service de la Communauté Vie chrétienne (CVX), France. Délégué pour la France, avec 4 autres personnes, à l’Assemblée mondiale CVX qui s’est tenue en Argentine.

Assemblée mondiale CVX en Argentine

Puiser à la source

Des délégations de toutes les Communautés nationales de la CVX se sont retrouvées à Buenos Aires autour du thème « La Communauté de Vie Chrétienne, un don pour l’Eglise et le monde » pour donner à la Communauté mondiale ses orientations pour les cinq ans à venir. Ce fut l'occasion, pour ces "ignaciens", de venir puiser à la source du pape François.

Pascale Michon : Le lieu de rassemblement de cette Assemblée mondiale CVX en Argentine s’est-il imposé tout naturellement ?

Pierre Guy : Le choix de l’Argentine a fait l’objet d’un discernement facilité par le fait que la CVX est en grande consonance avec le Pape François qui a passé 17 ans au Colegio Maximo. Plus de 70 nationalités étaient représentées et, pour la France, nous étions cinq délégués du fait que la France présente la communauté CVX la plus importante, 6500 membres.

P.M. : La personnalité du Pape a joué un rôle dans le choix de l’Argentine, le fait qu’il soit jésuite, et de langue espagnole comme Ignace aussi ?

P.G. : En 2013, l’Assemblée mondiale CVX avait retenu quatre horizons de mission : la famille, les jeunes, la mondialisation et particulièrement la question des migrants, enfin l’écologie. En cela, nous étions très en phase avec le Pape François qui les a désignés aussi dans Amoris Laetitia, Laudato Si, Gaudete et Exsultate, de sorte que nous avons voulu aller puiser à la source et rencontrer non seulement le pays du Pape François mais aussi l’Eglise d’Argentine. Nous avons voulu aller reconnaître Dieu auprès des pauvres, eux en qui le Pape reconnaît ce qu’il appelle « la mystique du peuple ».

P.M. : Cette Assemblée mondiale 2019 n’était pas tout à fait un congrès comme les autres ?

P.G. : En effet, d’une part, elle correspondait aux 50 ans de la CVX, d’autre part, nous avions à coeur de vivre ce temps dans la même tradition ignatienne que celle du pape François avec des temps qui s’apparentaient aux Exercices spirituels, des temps de silence et de prière, des temps de conversation spirituelle communautaire. Nous avons pris le temps de faire communauté. Il ne s’agissait pas de lancer des débats et discussions qui soient déconnectés de notre expérience, de notre existence. Nous avons vécu ensemble une expérience spirituelle, un temps de retraite en même temps que nous avons expérimenté la joie d’être dans la Communauté CVX à l’écoute de l’Esprit Saint.

P.M. : Les actes de l’Assemblée mondiale CVX ont exprimé que « le cheminement emprunté est lui-même une expérience », que faut-il en comprendre ?

P.G. : C’est Jésus qui est le chemin. Nous n’avons pas forcément à viser des objectifs lointains. Le Seigneur est présent, nous devons être attentifs en chemin à ce qui nous est donné. D’ailleurs, beaucoup de croyants pourraient bénéficier de cette expérience telle que nous l’avons vécue pendant cinq jours : prière personnelle, prière en petits groupes, prière en grande assemblée avant d’essayer de dégager le sens de ce que l’on a vécu ensemble.



P.M. : Comment avez-vous réagi collectivement à ce processus de discernement nouveau ?

P.G. : D’abord nous avons dû lâcher prise et nous laisser conduire, sortir de nos schémas grâce à ce déroulement nouveau. Il n’y avait pas tant des discussions approfondies, sur l’évangélisation par exemple, que des conversations spirituelles au cours desquelles nous avons essayé ensemble de comprendre à quoi nous appelle le Seigneur. Cela peut être frustrant de ne pas rester fermé sur soi-même mais c’est ce à quoi nous appelle l’Esprit et c’était une très belle expérience d’Eglise.

P.M. : L’Eglise d’Argentine a-t-elle quelque chose à nous dire par votre intermédiaire ?

P.G. : Oui, absolument. Nous avons passé une journée dans un quartier pauvre, au milieu des « villas miserias » et avons vu le Père Pedro, qui a été ordonné par le Pape François, ou un évêque, se comporter comme des pasteurs, des bergers, qui sont là pour accompagner l’expérience de Dieu qui se vit dans le peuple. Ils nous ont donné une belle image d’Eglise en étant là pour bénir et consoler, réorienter au besoin, auprès d’un peuple qui assume son autonomie et sa responsabilité. Le prêtre était plus derrière que devant le troupeau. Le Pape François a, on le sait, un profond respect pour les formes populaires de piété, il parle de la théologie du peuple. Pour lui, l’expérience du peuple est première. Pour nous, ce serait peut-être un apprentissage à faire, une expérience intéressante dans une époque où l’on fustige le cléricalisme.

P.M. : Vous diriez que le cœur de ce que vous rapportez d’Argentine après cette Assemblée mondiale, c’est…

P.G. : C’est une triple grâce : d’abord la gratitude pour ce que Dieu donne dans la diversité des situations et des langues ; nous avons fait une véritable expérience de Pentecôte. Ensuite, le discernement collectif est une expérience très forte où l’on apprend à lire ensemble les signes des temps. Enfin, le Pape François est pour nous une source d’inspiration lorsqu’il nous invite à être artisans de réconciliation, de consolation. Consolez mon peuple… (Esaïe, 40, 1)

P.M. : Cette Assemblée mondiale a du renouveler le charisme propre de la CVX, comment le décririez-vous ?

P.G. : Il est intrinsèquement lié aux fondements ignaciens : « chercher et trouver Dieu en toutes choses », faire l’expérience du partage en petites communautés locales. Nous apprenons à déceler la présence de Dieu dans nos vies, à la reconnaitre et nous nous accompagnons les uns les autres dans ce cheminement, c’est une humble présence au quotidien, traduite en langage contemporain. Et nous devenons plus capables d’accompagnement spirituel. Notre identité CVX est à approfondir. Nous avons vécu en Communauté un retournement et nous sommes appelés à sortir pour partager ce trésor. « Qu’as-tu à regarder vers le ciel… ? » (Actes des Apôtres, 1, 9-11). Aujourd’hui, nous devons oser proposer autour de nous ce que nous avons vécu. En somme, nous devons passer de la relecture à l’action !

Cet article fait partie du numéro 61 de la revue FOI

A la source du pape François

juin-juillet-août 2019

Vie de l'église  

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