Sr. Valérie Bouchez

ccn, Rome.

Hommage à Jean Vanier, fondateur de l’Arche

« Qu’il est beau Jésus, Il est si profondément humain ! »

En 2009, Sr. Valérie Bouchez, alors réalisatrice des films NFG, a eu l’opportunité de travailler avec Jean Vanier, recevant son message spirituel au sujet de l’Evangile de Jean, ce qui permit la réalisation de quatorze films. Lors de ce voyage en Terre Sainte vécu ensemble pendant dix-sept jours, Jean Vanier, à la lumière de son expérience à l’Arche, lui fait découvrir, « aimer la vulnérabilité et la faiblesse de Jésus » qui appelle à une transformation de nos cœurs. Ce travail en commun s’est prolongé en une amitié qui a profondément marqué Valérie Bouchez. « Combien je me suis sentie aimée de ce grand homme !... jusqu’à ce moment où Jean est devenu lui-même le ‘grand pauvre’, dans son passage vers le Père ». Dans cette lettre, elle lui rend un dernier hommage.

Jean,

Quand j’ai su ta mort, mon sentiment était partagé entre tristesse de ton départ et joie de te savoir enfin auprès de ton grand ami Jésus. Oh, que tu l’aimais ce Jésus ! Dans toutes nos rencontres, Son nom ne cessait d’être sur tes lèvres ! Tu te rassasiais de ses paroles, de sa manière de vivre, d’être en relation avec Son Père et tous les gens qu’il rencontrait. Et Jésus, ce bien le plus précieux pour toi, tu n’as cessé de me le partager. Je me souviens en septembre dernier, lors de notre dernière rencontre, tu me disais : « Il est beau Jésus, profondément humain ! En sa manière d’être, quelque chose attire les gens, une présence que l’on ne peut nommer, qui s’expérimente ! Il a la passion des petits, des pauvres, des exclus. C’est sa communauté. » Et en chaque rencontre avec toi, Jean, j’entendais la joie de Jésus, et expérimentais Sa délicatesse pleine de la tendresse du Père ! Que de paroles de bénédictions du Père ai-je reçues de ta part : « Valérie, tu es précieuse ! Tu es super ! Merci d’exister ! Merci à Jésus de t’avoir créée et choisie ! » Bénédictions qui m’ont souvent désarçonnée, désarmée : alors que je te téléphonais pour une question à propos des films, je te disais : « Jean, je te dérange ? » Et toi, de répondre, joyeux : « Oh, non tu m’arranges ! Je suis tellement content d’entendre ta voix ! » Et moi, un peu confuse : « Mais peut-être es-tu avec quelqu’un ? » Et toi : « Oh oui, je suis avec toi ! C’est toi qui es importante ! » Ou alors que j’étais en plein travail d’écriture, un jour tu m’appelles me disant : « Valérie, sais-tu que tu es le plaisir de Dieu ? » Désarçonnée, je te réponds maladroitement : « Euh… ah oui, c’est Isaïe 62 !! » Et tu riais… heureux d’être avec moi !
Cette bénédiction, je l’ai retrouvée dans la célébration de ton A-Dieu ce jeudi 16 mai à Trosly : j’étais autant émue par ton départ que par le parfum de la vérité de l’évangile qui en émanait ! Oui, la communauté de Jésus était rassemblée autour de toi : sourds, aveugles, boiteux, personnes avec handicaps, petits et grands… nous tous, tes amis, t’avons remercié de nous avoir tant bénis, et en retour, les mains levées vers ton cercueil, nous t’avons béni ; tu étais si précieux pour chacun de nous !

Stephan Postner, actuel responsable de l’Arche international, t’a cité : « Finalement, on dit souvent que je suis le fondateur mais je suis simplement le premier arrivé ». Mais pour moi Jean, tu es un fondateur car par ta vie en Jésus, par ta parole et ta voix si particulière, pleine de compassion, par l’Arche, tu as permis à Jésus de se fonder en nos cœurs, afin qu’il devienne le seul fondement de notre vie ! Je me souviens marcher avec toi et Odile, sur le bord du lac de Tibériade, et tu nous disais : « Le plus important, c’est l’intimité avec Jésus. Passer d’un Jésus qui fait des miracles, extérieur à nous, à un Jésus qui veut la communion, habiter nos cœurs. Jésus souffre de notre refus de son amour ». Puis, plus tard : « Valérie, tu peux tout oublier, mais n’oublie jamais Jésus ! Moi, je n’oublierai jamais l’évangile de Saint Jean ! ».

Oui, comme a dit Christine McGrievy, au nom de tes amis de l’Arche de Trosly : « Merci, Jean, de nous avoir lavé les pieds, et de t’être laissé laver les pieds par nous ». En signe, sur ton cercueil qui reposait au milieu de nous, ils ont passé ce voile bleu sur tes pieds. Oui, je peux dire que tu m’as lavé les pieds : comme Jésus, tu as eu confiance en moi, me donnant ce privilège d’accueillir entre les mains, ton testament spirituel. A ma manière, en retour, je t’ai lavé les pieds, mettant en lumière l’ami de ton cœur, Jésus, le ‘Verbe fait chair’, fragile et vulnérable, que tu as découvert et tant aimé en vivant en communauté avec tes amis ayant un handicap mental. Comme tu me le disais souvent, ils sont nos maîtres en humanité, nos maîtres spirituels, car, par le langage du cœur, ils nous révèlent notre impuissance et notre besoin de Dieu. Le mystère de l’Arche est que celui qui est rejeté à cause de son handicap est celui qui nous conduit vers Jésus et nous transforme.

Par l’Arche, par ta personne, tu m’as fait connaître un Jésus très humain qui n’exclut pas la souffrance, mais la vit dans la communion, dans la relation, dans l’amour. Alors que nous faisions le film sur « Jésus humilié, abandonné, souffrant », tu me disais : « Dans les moments d’horreur extrême, peut se dégager l’extrême de la tendresse. Jésus sur la croix, se laisse toucher par Marie, Il a besoin de la compassion de sa mère. Le mystère de Jésus est dans l’humiliation, le Messie devient ‘’sauveur’’ dans l’humiliation ».

Tu m’as aussi montré la douceur et l’humilité de Jésus ressuscité, qui célèbre la victoire de la croix, en partageant tout simplement avec ceux qui l’aiment, un petit déjeuner qu’il a préparé au bord du lac ! Quelle simplicité désarmante !!

Oui, Jean, aujourd’hui je suis à Rome dans la communauté du Chemin Neuf, et j’aime ce Jésus vulnérable. Il m’a désarmée, Il a fait tomber des murs de protection en moi. Il m’apprend la tendresse, à devenir plus humaine, plus incarnée… à ne pas avoir peur de ma vulnérabilité ni de la fragilité de chaque être humain, car tu m’as appris qu’elles sont chacune le lieu où se fonde la communion des cœurs en Jésus, l’amitié !!

Merci, Jean. Comme le disciple bien-aimé, repose en paix sur le cœur de ton grand ami Jésus.

Valérie  

Cet article fait partie du numéro 61 de la revue FOI

A la source du pape François

juin-juillet-août 2019

Formation Chretienne  

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