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Reconstruire ensemble

Le Liban vit sans doute la pire crise économique de son histoire. Une crise aggravée par une situation politique instable et rongée par la corruption. Le peuple libanais souffre. La tentation de céder au découragement, à la tristesse, à la colère, est bien réelle et se manifeste chez certains par le désir de tout quitter et aller vers un ailleurs meilleur, et chez d’autres par un désir de changement. Ce désir engendre des actions concrètes à différentes échelles. Ce peuple qui a connu tant d’épreuves à travers le temps demeure un exemple de courage et de détermination. Nous avons voulu rencontrer ces personnes pour comprendre mieux cette force qui les anime et les met en route.

Après les explosions du 4 août 2020, qui ont détruit une partie de la ville de Beyrouth, en faisant des morts et des blessés, des initiatives d’entraide ont surgi de partout. Des jeunes et moins jeunes sont descendus dans les rues. Ils se sont mis spontanément à aider. Nettoyage des rues et des maisons, remplacement de vitres et de portes…des gestes qui ont apporté du réconfort et de l’espérance aux personnes touchées. C’était l’expression d’un sentiment de fraternité et de partage envers tous, indépendamment du milieu d’origine et de la confession religieuse.

Très rapidement, ces initiatives personnelles ont été relayées par des aides plus organisées Des associations, des ONG, et d’autres institutions ont mis en place des réseaux d’entraide, preuve du courage, de la vitalité de ce peuple, qui sait s’adapter en avançant ensemble.

Pour beaucoup d’entre eux, cette force vient de leur foi. Une foi qui les mobilise, qui les rassemble. Nous avons voulu accueillir avec ce peuple le souffle d’espérance qui se déploie dans leur créativité, dans des initiatives de reconstruction et de renouvellement, dans leur désir de vivre ensemble et en paix.

Les personnes que nous avons rencontrées nous ont partagé leur expérience d’engagement. Ils nous témoignent de leurs espoirs, leurs peines et leurs désirs.

« L’espérance est audace, elle sait regarder
au-delà du confort personnel, des petites
sécurités et des compensations qui rétrécissent
l’horizon, pour s’ouvrir à de grands idéaux qui
rendent la vie plus belle et plus digne. »
(FT 55)

La plupart des initiatives d’entraide que nous avons retrouvées sur place cherchaient à répondre aux besoins fondamentaux de la population comme la nourriture et l’habitat. Mais certaines associations vont très loin dans leur engagement et ont une grande force d’action dans différents secteurs de la société libanaise. Un de ces exemples est l’association Adyan, qui rayonne au-delà des frontières du pays. Adyan rassemble des personnes issues de différentes confessions et met en œuvre des programmes culturels, éducatifs, sociaux et spirituels. L’association œuvre particulièrement pour la paix dans un Moyen-Orient marqué par les « extrémismes violents » et les « conflits liés au discours religieux ».

Le théologien et professeur universitaire Ziad FAHED, membre de la fondation Adyan dirige une association pour le dialogue interreligieux et la réconciliation. Il nous partage son expérience : son passage par la violence de la guerre, la haine de l’autre et son parcours de conversion.

Dans la mort on peut semer la vie

Le père Agapios Kfoury dont l’église a été détruite lors des explosions, nous raconte l’histoire de cette paroisse qui est devenue un lieu de rencontre et de rassemblement pour les Libanais :

« Tout le monde sent que cette église a une mission ici, cette cathédrale est une cathédrale de missions, elle n’est plus simplement un lieu de culte pour une communauté mais c’est un lieu de rassemblement des Libanais ».

Pour ce prêtre Melchite les épreuves traversées nous enracinent dans l’espérance et cette espérance nous fait avancer.

« Dans ces conditions on doit se rappeler ce que St Paul nous a appris : on est les fils de l’espérance et l’espérance c’est quelque chose qui dépasse les moments difficiles et les moments tristes. Dans la foi chrétienne il n’y a pas de ‘lâcher prise’ au sens négatif. Non, à chaque fois je dois me lever, je dois me rattraper, je dois avancer vers le fond et le fond me dit que : il est avec moi et si Dieu est avec moi, personne et rien ne peut me vaincre ».

Cette espérance nous la rencontrons aussi chez le père Hani TAWK, qui a fondé la cuisine solidaire. Tous les jours il vient donner de son temps en accompagnant les personnes et en faisant la cuisine. Des centaines des plats sont servis tous les jours gratuitement dans un espace de fortune aménagé pour ce service.

« C’est un lieu d’espérance au fond de ce milieu ou la désespérance occupe tout. Mais à la ressemblance de Jésus Christ, notre Seigneur, nous croyons que, dans la mort on peut semer la vie, c’est à sa ressemblance, à son image ».

Le P. Hani propose aussi dans ces lieux de l’accompagnement spirituel et psychologique aux personnes atteintes par toutes ces situations dramatiques.

D’autres témoignages nous rappellent que pour apporter de vrais changements autour de nous et dans la société, il faut pouvoir sortir de nos individualismes et aller au-delà de nos propres cercles d’habitués. C’est le partage de Hiba DANDACHLY, cette jeune femme engagée dans la communication sur les réseaux sociaux.

« Je crois qu’à l’âge adulte, j’ai commencé à me sentir responsable socialement. J’ai toujours été intéressée à aider ma communauté, à essayer de faire changer les choses et cela est venu petit à petit, en grandissant et en voyant à quel point nous vivons dans un pays où il faut tant d’aide pour grandir, apprendre à accepter les uns les autres, à travailler sur notre bien-être social et politique et même sur notre bien-être mental ».

« Nous sommes des gens très forts, je souhaite juste que nous puissions transformer notre pouvoir et notre énergie en changement pour quelque chose de bien. Pas seulement pour nous-mêmes, notre entourage, notre famille, non. Mais pour l’ensemble, sans être isolés ».

Pour apporter de vrais changements autour de nous et dans la société, il faut pourvoir sortir de nos individualismes.

Parfois dans des moments de souffrance ou des traversées difficiles nous pouvons nous sentir seuls ou abandonnés, notre foi peut être sérieusement ébranlée. Ce qui peut nous aider à traverser ces moments douloureux c’est de ne pas rester seuls, ne pas rester enfermés dans notre désespoir. Et oser croire que dans les moments plus sombres, nous pouvons compter sur l’autre. Et surtout nous sommes invités à accueillir le Christ souffrant avec nous, c’est lui la source véritable de tout espoir chrétien. Samar Al Andary nous parle de cette foi en Jésus notre compagnon de route.

« Jésus était là, même durant cette explosion parce que parfois on ne peut plus voir où est Dieu, où est Jésus dans toute cette souffrance qui nous traverse, qui traverse le pays. Donc il était là, mais il souffrait avec nous, il était sur la route du calvaire, le sang coulait sur son visage, mais il était là pour nous dire : « La croix va être victorieuse, elle va donner la victoire par ma résurrection. J’étais sur la croix comme vous mais la résurrection est là, elle est proche, tenez bon. » Il faut garder cette espérance jusqu’au bout comme le dit le psaume 29 : « Et moi, je vais changer votre deuil en danse, et je vais changer vos habits en éclat, en lumière et vous allez être mes témoins à travers le monde entier. » C’est ce que nous a dit le Seigneur, il est là, il est toujours là, il est à notre côté ».

Cet article fait partie du numéro 67 de la revue FOI

La fraternité

décembre 2020-janvier-février 2021

Regard sur le monde  

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