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Sicile, terre d’accueil

Les images des migrants traversant la mer Méditerranée sur des embarcations de fortune pour arriver en Europe sont dans toutes nos mémoires. A Palerme, en Sicile, des associations fondées par des communautés religieuses les aident à retrouver la dignité et l’espérance et à s’intégrer davantage dans la société.

Palerme est l’une des premières villes italiennes vers laquelle affluent les migrants. Alors que le taux de chômage y est de 60% et que la pauvreté y est très présente, la ville est aussi réputée pour être chaleureuse et accueillante. C’est dans ce contexte qu’ont été fondées plusieurs associations pour accompagner les derniers arrivants les plus démunis : les migrants. Ainsi a été créée la « Mission Espérance et Charité » par frère Biagio Conte. « Notre première mission est précisément celle de reconstruire la personne, de redonner de la dignité et de l’espérance par le partage et la fraternité », souligne Barbara Rossi, laïque missionnaire à la Mission.

Au centre voisin « Arcobaleno 3P », tout a commencé au milieu d’une grande misère, sur un terrain où tout était en ruines. Les 3P sont les initiales de Padre Pino Puglisi, prêtre parmélitain assassiné par la mafia en 1993 et récemment béatifié. Ce centre créé en 2011 par Soeur Anna Alonzo propose plusieurs activités, au service des migrants mais aussi des habitants du quartier. Un quartier déjà très pauvre lui aussi et qui enregistre un taux d’analphabétisme élevé. Le 3ème étage est dédié à l’accueil des familles. À côté, des ateliers sont ouverts à tout le monde. Ils proposent notamment des cours d’informatique, de couture, de bricolage, de ‘street art’ et de ‘break dance’.

David, artiste et bénévole au centre, raconte : « Il y a cinq ans, cet endroit était délabré, et les gens l’étaient aussi. Les grands changements que j’ai pu voir, et que tout le monde a pu voir dans les jeunes, c’est dans leur comportement. Comme le disait le Père Pino Puglisi : « Il suffit de faire vibrer l’âme de la personne au bon endroit et cette âme vibrera ». C’est une phrase qui m’a marqué, parce qu’elle est vraie, elle marche. » A Palerme, le centre Astalli, géré par les Jésuites, fait partie du Service jésuite des réfugiés (JRS). Le P. Renato, sj, résume sa vocation en trois motsclés : servir, accompagner et défendre la dignité des personnes. Valeria, volontaire au centre, précise ces différentes étapes dans l’accueil : « Les gens qui viennent ici ont des besoins concrets. Puis vous vous rendez compte qu’ils ont aussi besoin d’établir des relations avec les gens. Quand je rencontre de nouveaux élèves pour l’école d’italien, pour comprendre leur niveau, la première chose que je fais, c’est de leur dire « Bonjour! » en italien, je leur souris et leur serre la main. Et souvent, je me rends compte que le simple fait de leur serrer la main les fait se sentir comme des personnes. Ça peut faire toute la différence. »

Dans cette démarche d’accueil, l’Evangile est la boussole. Le P. Gianfranco, sj, vit avec les migrants. « Les pauvres, ce sont mes frères » dit-il. Il poursuit : « Dans l’Evangile des Béatitudes, les pauvres sont appelés en grec les pitokoi, qui se traduit en italien par « poux ». Et les poux sont les clochards. Jésus utilise ce mot, ce sont ceux qu’il préfère ». Paul, originaire du Ghana, plombier à la  Mission Espérance et Charité depuis 15 ans, compare l’accueil qu’il a reçu à celui donné par le Bon Samaritain, venu en aide à l’homme jeté au bord de la route.

Bekhir, originaire de Tunisie, a vu les changements opérés dans les personnes : « J’ai vu les frères qui arrivaient ivrognes, drogués, désespérés, opprimés. Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux ont évolué, ils ont surmonté leurs problèmes. » Pour lui, Frère Biagio a initié un processus dont la fécondité se vérifie dans le temps : « Il nous a laissé non seulement les fruits, mais même les graines pour produire d’autres fruits. »

Ici, chacun vit une transformation : celui qui est accueilli comme celui qui accueille, en lui faisant vivre un vrai déplacement. Le P. Pino Vitrano, salésien au service de la Mission Espérance et Charité, détaille : « Quand nous accueillons, disons, un frère, quelqu’un qui se présente avec un visage angélique, vous vous dites : « Lui, il ne peut pas me poser de problèmes ». Et puis vous voyez quelqu’un de laid. Alors vous pensez : « Mon Dieu si je l’accueille, qu’estce qu’il va me faire ? » Au contraire, il ne faut pas regarder seulement avec les yeux humains mais aussi avec les yeux de la foi et dire : « Seigneur, tu m’envoies ces frères, aide-moi à répondre à ton désir et non pas au mien ». »

Cela change complètement le regard porté sur les plus démunis : « Le pauvre évidemment n’est pas celui qu’on appelle misérable, ou celui qu’il faut plaindre » affirme le P. Pino. « Le pauvre c’est celui qui a tellement de nuances que vous voyez que ce sont justement les éléments pour construire le visage du Christ. » G.R.

L’accueil en quelques mots

B. et R. Occhipinti Rossi :
« La paix et l’espoir. La paix
génère l’espoir. L’espoir nous
apporte la joie ».

S. Olomu :
« C’est la mission qui m’a donné
de l’espoir ».

Sr Anna Alonso :
« Le mot miséricorde est le plus beau mot qui existe. C’est le coeur de Dieu qui s’approche de la misère de l’homme ».

P. G. Vitrano, sdb :
« La charité que Dieu vous envoie
pour partager avec eux et pour faire communion avec eux ».

P. E. Cardella :
« Je reprendrais bien la réponse de Marie:  »Me voici » pour parler de cette capacité à se mettre à la disposition des autres ».

Cet article fait partie du numéro 64 de la revue FOI

Sicile, terre d’accueil

n°64 mars-avril-mai 2020

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