Florent Nouschi

ccn, responsable pôle communication

9 janvier 2022

Spiritualité « du chemin »
et année capitulaire

Depuis la fête de la Pentecôte, dans les 26 pays où elle est implantée, la Communauté du Chemin Neuf s'est mise (une nouvelle fois!) en route! Prochain cap: le Chapitre de Communauté, qui aura lieu du 8 au 23 août 2023 à l'Abbaye d'Hautecombe. Année en mouvement, en écoute mutuelle, en conversion, en rencontres autour de 7 thèmes choisis parmi les sujets qui concernent l'avenir de la Communauté. Bon vent et bonne marche ensemble!

Le nom « Chemin Neuf » est une bénédiction pour nous. Quelques mots d’histoire d’abord : cette rue lyonnaise, berceau de la Communauté, a été nommée ainsi pendant les guerres de religion, en 1562 par François de Beaumont, baron des Adrets, alors commandant en chef des armées protestantes, avant qu’il ne change de camp deux ans plus tard pour rejoindre les Catholiques. Entré dans Lyon dans la nuit du 29 au 30 avril 1562, c’est lui qui traça son parcours, afin de relier les parties hautes et basses de la ville. A travers l’histoire même du nom de notre Communauté se trouve la question de la relation entre les confessions chrétiennes et il me semble plus que réjouissant que l’Esprit Saint fasse aujourd’hui de notre Communauté un artisan d’unité des Chrétiens, afin que le nom « Chemin Neuf » soit davantage associé à la réconciliation des dénominations chrétiennes plus qu’à leur opposition.

 Au-delà de cet aspect historique, « Chemin Neuf » dit quelque chose de notre spiritualité. Le « neuf », nous le voyons par définition continuellement à l’œuvre. « Jeunes pousses », « cotylédons », « petits commencements » : notre regard est exercé à prêter attention aux signes de l’Esprit Saint. Nous sommes témoins et annonçons ce « renouveau » charismatique qui continue de se déployer dans le monde où nous prions pour une « nouvelle » Pentecôte. Le « neuf » est parfois petit, parfois fragile mais, se distinguant de l’ancien, il devient appréhendable.  

 Qu’en est-il du « chemin » ?  

 Cette « spiritualité du chemin » est au cœur de l’évangile. D’un côté, Jésus insiste sur l’exigence de ce chemin (« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi » Jn 14) et sa difficulté (« Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’a un riche d’entrer dans le royaume des Cieux. » Mt 19).  

 De l’autre, il donne aussi toute la souplesse dans le rythme de la marche qui est propre à chacun (« S’étant retourné, Pierre aperçoit, marchant a leur suite, le disciple que Jésus aimait. […] Pierre, voyant donc ce disciple, dit à Jésus : « Et lui, Seigneur, que lui arrivera-t-il ?  » Jésus lui répond : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. » » Jn 21). Les deux aspects d’exigence et de souplesse sont intimement liés.  

 Avec l’année capitulaire, nous faisons l’expérience de ce cheminement avec le Christ. Nous nous mettons en route et la destination n’est pas tant un lieu – Hautecombe, une date – août 2023, qu’une rencontre avec un visage, une personne : Jésus-Christ.  

 Il s’agit d’abord d’un cheminement personnel et propre à chacun. L’année capitulaire et ses propositions nous invitent à vivre une conversion personnelle autour du thème que nous avons choisi d’explorer (écologie intégrale, œcuménisme, gouvernance, interculturalité, etc.…) afin de nous rapprocher de Dieu. En bons fils et filles d’Ignace, nous aimons ainsi voir le chemin des six journées capitulaires comme une retraite d’Exercices Spirituels, dans laquelle nous faisons l’expérience personnelle de l’abaissement, du dépouillement et du Salut divin.  

L’année capitulaire nous invite à vivre une conversion personnelle autour du thème que nous avons
choisi d’explorer, afin de nous rapprocher de Dieu.

 Mais il est vrai aussi que cette conversion personnelle ne se déploie pleinement que lorsqu’elle se partage – radicalité du partage au cœur de l’identité de notre communauté ! Ce partage est en soi exigeant. Car il s’agit de ne pas cheminer seul, mais de synchroniser nos pas pour faire communauté. Cette synchronisation doit bien sûr respecter le rythme singulier de chacun. Toute la communauté s’est mise en route mais à des rythmes différents, d’un pays à l’autre, d’un groupe à l’autre, d’un frère à l’autre.  

 Nous constatons déjà ces différences de rythmes dans ce cheminement capitulaire : des pays nous interrogent déjà sur la manière de faire remonter des contributions au chapitre tandis que d’autres nous partagent, parfois avec un peu d’appréhension, leurs premiers pas. Certains thèmes paraissent assez bien délimités tandis que d’autres semblent si larges que l’on s’interroge encore localement sur la manière d’entrer dans le sujet. Certains groupes sont extrêmement prolifiques en matière de réflexions et d’idées partagées, d’autres vivent des réconciliations profondes et d’autres commencent tout juste à bâtir la fraternité.  

 Ce serait illusoire et même dangereux de vouloir avancer dans un pas uniforme, presque militaire, par contre nous pouvons, à l’image des disciples d’Emmaüs, compagnonner avec le Christ, à « deux ou trois », pas moins…  

 Pour poursuivre le parallèle avec les disciples d’Emmaüs, la force de ce compagnonnage est celle de la relecture. En croisant nos regards nous pouvons voir « comment le Seigneur s’est fait reconnaître » (Lc 24) et garder en mémoire le chemin parcouru avec Lui. Qu’il s’agisse, au terme de notre chemin capitulaire, de raconter une expérience vécue, de partager les images et les paroles reçues ensemble, ou encore de se forger des convictions partagées, nous serons d’autant plus affermis dans ce que le Seigneur nous aura montré que nous l’aurons partagé avec des frères et sœurs.

Saint François d’Assise disait à ses frères : « Nous sommes des pèlerins et des étrangers en ce monde ». Pour cette année capitulaire, nous ne connaissons pas la destination mais il s’agit de goûter au voyage. Une invitation pour chacun à camper dans la prière, cherchant Dieu qui précède nos pas, invitation aussi à entendre l’exigence du chemin auquel Il nous appelle en même temps que voir la tendresse de son regard sur notre marche. Soyons dans la confiance que celle-ci, parfois hachée, lente ou rapide, faisant des détours, est une modeste avancée sur le chemin de Jésus.

Cet article fait partie du numéro 74 de la revue FOI

Cheminer ensemble

septembre-octobre-novembre 2022

Vie de la Communauté  

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