P. Laurent Fabre

Abbaye de Hautecombe, ccn

1 juin 2021

St. Joseph, l’homme aux quatre songes

Lorsque j’ai pris connaissance de cette belle Lettre Apostolique de notre Pape François sur Saint Joseph « Patris Corde », je suis tombé en arrêt devant cette phrase : « Nous savons qu’il était toujours prêt à accomplir la volonté de Dieu manifestée dans sa Loi, et à travers quatre songes (cf. Mt 1, 20 ; 2, 13.19.22) ». C’est la fin de la phrase « et à travers quatre songes » qui m’a interpellé.

J’ai relu l’Evangile de Matthieu, souvent lu et médité, pour bien vérifier les paroles du Pape, et j’ai été étonné de mon ignorance. Non, je ne savais pas que Saint Joseph avait ainsi été véritablement « guidé » par le Seigneur à travers « quatre » songes. Je pensais confusément à un ou deux, mais pas quatre. Ensuite j’ai fait ma petite enquête autour de moi. J’ai interrogé plusieurs théologiens dont deux enseignants à Rome, assez connus dans deux facultés différentes… Comme moi, ils étaient ignorants : ils ne savaient pas que le nombre des songes était quatre. L’un d’entre eux, Carme prédicateur assez connu, m’a même demandé sur quel auteur s’appuyait ainsi le Pape pour affirmer cela ? J’ai répondu, fier de mes nouvelles connaissances : sur l’Evangile de Matthieu. Ce petit exemple pour dire que nous connaissons mal Saint Joseph et que, très certainement, nous avons avantage à mieux faire sa connaissance, en particulier pendant cette année jusqu’au 8 décembre prochain, comme nous le propose le Pape François.

En reprenant attentivement le récit de Matthieu de ces quatre songes successifs, vécus dans des endroits différents, nous pouvons tout d’abord nous rendre compte à quel point cette homme choisi par Dieu le Père pour être le père adoptif de son Fils était un homme de prière et de Foi. Maintenant, quand je pense à lui avec joie et reconnaissance pour tout ce qu’il a fait auprès de Jésus et de Marie, j’ai envie de mieux le connaître et de l’imiter en particulier dans certains domaines de ma vie.

Il se trouve, et cela n’est pas un hasard, que les deux papes les plus réformateurs : Saint Jean XXIII, Angelo Giuseppe Roncalli, et notre pape François actuel, font preuve d’une grande confiance en la protection et l’efficacité de Saint Joseph. On trouve chez ces deux hommes la même audace à bousculer les lignes, cette même sérénité dans l’amour pour la vérité et la charité, pour la pauvreté au sens franciscain du mot, et pour ce remède qu’est la miséricorde, ce même charisme apostolique et oecuménique, le même humour et une très grande popularité. Bref, ils ont beaucoup de points communs. Peu de gens savent qu’après ce coup d’audace pour lancer le Concile Vatican II, le Pape Jean XXIII, souhaitant vraiment remettre le Concile sous l’autorité et la protection de Saint Joseph, est allé, en octobre 1962, déposer son anneau papal au pied d’un tableau de Saint Joseph en Pologne dans le sanctuaire de Kalisz. J’aime bien imaginer Joseph en train d’apprendre à l’enfant Jésus à prier. Dans le monde juif de l’époque c’était toujours le Père de famille qui était le liturge et le guide de la prière familiale. Il m’arrive même de penser qu’avec beaucoup de délicatesse, Joseph, qui savait très bien qu’il était « seulement » le Père adoptif, orientait Jésus, dans la prière du soir, avant de s’endormir, vers son vrai Père. Peut-être même, que Jésus, notre Maître, en apprenant à ses disciples la prière du Notre Père, se souvenait fort bien des paroles, des leçons, de Joseph. Dans son texte, le Pape François cite le roman sur la vie de Saint Joseph, L’ombre du Père, de l’écrivain polonais Jan Dobraczyński, qui, avec l’image suggestive de l’ombre, définit la figure de Joseph qui est pour Jésus « l’ombre sur la terre du Père Céleste ». « Il le garde, le protège, ne se détache jamais de lui pour suivre ses pas. Pensons à ce que Moïse rappelle à Israël :  » Tu l’as vu aussi au désert : Le Seigneur ton Dieu te soutenait comme un homme soutient son fils  » (Deutéronome t1, 31) . C’est ainsi que Joseph a exercé la paternité pendant toute sa vie ».

Il le garde, le protège, ne se détache jamais de lui pour suivre ses pas.

J’aime bien le Psaume 15 qui est pour moi le Psaume de Joseph : « Je bénis le Seigneur qui me conseille, même la nuit mon coeur m’avertit » . A quatre reprises en pleine nuit il est averti. Très certainement Joseph, lui-même, devait chanter ce psaume et l’apprendre à Jésus : « J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu ! Je n’ai pas d’autre bonheur que toi ». « La part qui me revient fait mes délices ; j’ai même le plus bel héritage ! » . « Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; il est à ma droite : je suis inébranlable ».

« Inébranlable » c’est le mot qui convient fort bien à Joseph. Il fallait un homme solide, décidé, « assertif », comme on dit aujourd’hui, « inébranlable », pour partir sans hésiter, en pleine nuit, pour un long voyage d’un mois (831 km), avec un nouveau- né et Marie, au milieu des dangers de la route en territoire occupé. Contrairement aux images désuètes de lui, Joseph n’était pas un vieillard timide, discret et silencieux. Je le vois davantage comme il est représenté dans le magnifique basrelief de la Cathédrale d’Autun : un jeune homme armé d’une épée, ouvrant le passage et criant à la foule de s’écarter en ouvrant le passage à Marie portant Jésus. Tous les deux, Marie et Jésus, tenant, couvrant, protégeant ensemble avec une main, l’avenir du Monde.

Je n’aime pas beaucoup l’expression « Culte des Saints », parce qu’on ne rend un culte qu’à Dieu seul et aussi parce que , comme cela est bien écrit dans la Première Epitre à Timothée 2,5, Jésus est le « seul » Médiateur qui nous est donné : « Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus- Christ homme, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. », ainsi que dans la Lettre aux Hébreux 9, 15 « Voilà pourquoi Il est le médiateur d’une alliance nouvelle… ».

Contrairement aux images désuètes de lui, Joseph n’était pas un vieillard timide, discret et silencieux. Je le vois davantage comme un jeune homme armé d’une épée, ouvrant le passage à Marie portant Jésus.

Par contre je suis de plus en plus catholique, à savoir que j’expérimente davantage l’extraordinaire « Communion des saints » que nous nommons ainsi avec tous les chrétiens, catholiques ou pas, qui proclament cette version du Symbole des apôtres : « Je crois à la communion des saints ». De plus en plus, je vérifie qu’il n’y a pas une cloison étanche entre tous les hommes, vivants ou décédés. J’expérimente cette force extraordinaire de l’intercession de tous les saints et je crois désormais que sur la Montagne de la Transfiguration les trois disciples, Pierre, Jacques et Jean, ont vu Jésus qui parlait avec Elie et Moïse. Cela n’était pas un mirage ! A certains de mes frères et soeurs chrétiens qui ne croient pas beaucoup à la « Communion de saints » et qui n’osent pas demander l’aide des saints, j’ai envie de dire : « Pourquoi ne pas essayer, tu ne risques rien ! »

Dans son texte, le Pape François propose une prière qui s’adresse à Saint Joseph, mais je préfère de beaucoup la prière pleine d’audace et de provocation qu’il dit lui-même tous les jours depuis quarante ans et qui est citée dans la note n°10 du texte « Patris Corde » : « Glorieux Patriarche saint Joseph dont la puissance sait rendre possibles les choses impossibles, viens à mon aide en ces moments d’angoisse et de difficulté. Prends sous ta protection les situations si graves et difficiles que je te recommande, afin qu’elles aient une heureuse issue. Mon bien-aimé Père, toute ma confiance est en toi. Qu’il ne soit pas dit que je t’ai invoqué en vain, et puisque tu peux tout auprès de Jésus et de Marie, montre-moi que ta bonté est aussi grande que ton pouvoir. Amen ».

Saint Joseph, peinture de Yolaine Schmeltz
Cathédrale St. Lazare d’Autun, chapiteau, Fuite en Egypte

Cet article fait partie du numéro 69 de la revue FOI

St Joseph, un modèle masculin?

juin-juillet-août 2021

Formation Chretienne  

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