1 mars 2022

Film Net For God : « The Followers »

Traduire l’Evangile sur les réseaux sociaux

La diffusion autour de Noël 2021 de la première saison de la série The Chosen en français sur une chaîne de télévision grand public a connu un large succès. Cette série américaine, traduite en 50 langues et entièrement financée par des dons, présente les récits de l’Evangile à travers le regard de ceux que Jésus a appelés à sa suite. Sa sortie en version française a été l’occasion de rassembler des personnes de différentes Églises, engagées dans l’évangélisation par les médias et réseaux sociaux. Parmi eux Mustapha Amari, prêtre de la Communauté du Chemin Neuf, en mission auprès des jeunes à Lyon et l’un des organisateurs du Festival Welcome to Paradise. Passionné par la communication, il consacre une partie grandissante de son ministère à l’évangélisation en ligne. L’équipe Net for God l’a rencontré pour son prochain film portant sur ce thème.

NFG : Comment as-tu commencé cette aventure comme disciple du Christ qui annonce la Bonne Nouvelle en ligne ?

M.A. : Mon aventure d’évangélisation avec les réseaux sociaux a commencé d’abord par une conviction : pour moi, ce n’était pas normal que l’Église soit en retard sur la technologie et les moyens de communication alors que normalement elle devrait être en avance, parce que le message de la résurrection m’a toujours paru le message le plus révolutionnaire ! Mais peut être l’avant-après que j’ai vécu, c’est qu’un jour j’ai fait une vidéo, une parodie qui s’appelle le « catho style » et qui était une parodie d’une vidéo qui marchait beaucoup, et elle a eu un succès qui était imprévu. Elle est passée sur des chaînes de télé, elle a fait des centaines de milliers de vues. Et cette vidéo m’a vraiment fait plonger dans le monde des réseaux sociaux et de la vidéo.

NFG : Est-ce que tu as des témoignages, des retours de cette communauté en ligne, invisible ? Comment ça touche les gens ?

M.A. : Aujourd’hui, j’évangélise beaucoup avec Instagram, qui est le réseau social que j’aime utiliser parce qu’il allie à la fois la vie de tous les jours, mais aussi graphisme, design et nouveauté… J’aime beaucoup faire des petits enseignements qui rendent claire la foi ou qui la vulgarisent. Et j’ai beaucoup de personnes qui m’écrivent des messages et qui me disent « Ah mais merci pour cet enseignement. Est-ce que tu pourrais parler de tel ou tel sujet ? » On pense souvent que derrière les réseaux sociaux, c’est une communauté anonyme ou invisible, mais en réalité je sais que les jeunes qui sont derrière les réseaux sociaux sont les mêmes que les jeunes que j’ai dans mon foyer d’étudiants. J’utilise les réseaux sociaux. Je ne suis pas quelqu’un d’invisible, j’ai un quotidien, j’ai des aspirations, j’ai des problèmes. Et je sais que quand j’utilise Instagram, je rejoins des vraies personnes et peut être qu’elles utilisent leur téléphone pour un moment de détente, de repos ou de fuite. Et justement, c’est parce qu’elles utilisent leur téléphone à un moment où elles ont besoin d’air, que je peux apporter cette parole de Jésus, cette parole d’évangélisation qui va tomber au bon moment.

NFG : Comment tu t’inspires pour construire ce contenu et choisir aussi le format que tu vas utiliser ?

M.A. : J’ai plusieurs sources d’inspiration pour mes contenus sur les réseaux, sur les vidéos. Le premier, c’est des influenceurs chrétiens, par exemple des Eglises. Je regarde beaucoup ce que font les Eglises américaines parce que je crois qu’il y a une culture de la vidéo et une culture des médias qui est beaucoup plus simple et aussi une culture de l’expression personnelle. C’est ma première source d’inspiration. Une autre source d’inspiration pour moi, c’est que je suis abonné à plusieurs pages de personnes qui font des vidéos ou qui apprennent à faire des vidéos ou qui apprennent à utiliser Instagram. Donc, une bonne partie des comptes que je suis sont des comptes qui disent comment utiliser les réseaux sociaux parce que pour moi, c’est un savoir-faire. C’est comme savoir monter une vidéo : c’est un savoir-faire d’animer des réseaux sociaux.

NFG : Comment as-tu découvert la série The Chosen et qu’est ce qui t’a attiré la première fois que tu l’as regardée ? Qu’est-ce qui t’a interpellé ?

M.A. : La première fois que j’ai découvert la série The Chosen, c’était pendant le confinement et c’est un jeune qui habite mon foyer qui m’a parlé de la série et qui m’a envoyé le lien sur WhatsApp, tout simplement. Et comme il n’y avait pas grand-chose à faire pendant le confinement, ou en tout cas autrement, j’avais commencé à regarder la série sur mon téléphone et j’ai vraiment été touché. Ce qui m’a le plus marqué dans la série, c’est que je sentais qu’elle me donnait à voir Jésus et les disciples dans la vie normale. Ce n’était pas sacralisé, pas caricaturé. C’était Jésus de la vie normale. Il y a quelque chose dans la manière de mettre en scène, qui est pour moi très humaine et très authentique. Moi qui aime beaucoup essayer de traduire l’Évangile pour les jeunes, rendre la Parole de Dieu pour le monde d’aujourd’hui, j’ai vu dans cette série une capacité à dire l’Évangile avec les codes d’aujourd’hui, avec les mots et les émotions d’aujourd’hui.

NFG : Cette série met en avant la personnalité des disciples, ceux qui ont été choisis par Jésus pour marcher à sa suite. En quoi cela peut-il nous rejoindre ?

M.A. : Dans la série The Chosen, ce que j’aime le plus, c’est qu’on voit que Jésus appelle des personnes qui sont différentes, qui ont toute une vie avant – il y a un avant et un après – et ce sont des vies différentes. Dans la saison 2, Jésus est en train de revoir plusieurs de ses disciples et Matthieu lui dit : « Mais tu savais qu’on n’allait pas toujours s’entendre et pourquoi tu nous as appelés ? » Et Jésus lui répond : « Pour toucher des personnes différentes, j’avais besoin d’appeler des personnes différentes. » Et pour moi, ça dit vraiment quelque chose. Cela nous montre que Dieu a besoin d’appeler des gens différents parce que nous sommes différents. Et l’Évangile, ce n’est pas du tout quelque chose où on devrait tous se ressembler, ce n’est pas un club, ni un moule dans lequel il faut entrer. C’est au contraire ce miracle, ce mystère de Dieu qui vient rejoindre chacun. Ça nous rend Jésus familier, mais ce Jésus familier nous appelle à accueillir les différences. Ça, je trouve que ça parle pour aujourd’hui.

NFG : Que dirais-tu à toutes les personnes qui se posent la question de la nécessité d’évangéliser à travers les médias et les réseaux sociaux ?

M.A. : Il faut regarder comment Jésus a fait. Il a dit à ses disciples : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Jésus est celui qui connait le mieux le royaume de Dieu, le Père, les réalités du ciel. Et pourtant, à chaque fois qu’il parle du royaume de Dieu, il utilise des images, il utilise des histoires. Et je ne crois pas que c’est parce que Jésus n’était pas capable d’utiliser des concepts théologiques ! C’est que ce qui était le plus pertinent, c’était d’utiliser quelque chose de visuel, de tangible, qui rejoint la vie des gens, et qui dit quelque chose du royaume de Dieu. On sait qu’une parabole ne décrit pas le royaume de Dieu, elle en donne les contours, le sens. Donc, j’ai envie de dire à toutes les personnes qui se posent la question d’utiliser les réseaux sociaux : le but d’Instagram, de You- Tube, de nos smartphones, ce n’est pas de faire des encyclopédies sur Dieu parce que de toute façon, on n’en est pas capable. Et même Jésus n’a pas fait cela. Jésus n’a rien écrit, il a fait des disciples et ce qu’il a demandé à ses disciples, c’est de partager l’amour.

« Pour toucher des personnes différentes, j’avais besoin d’appeler des personnes différentes. »

Je crois qu’on est capable de partager l’amour sur les réseaux à travers un message authentique, à travers un témoignage, à travers des topos, mais avec notre vocabulaire, avec notre manière de faire, que ce soit en podcast, que ce soit en vidéo, que ce soit en photo. Il peut s’incarner à travers ce que je suis et c’est pas grave ! Moi, je vais utiliser des vidéos qui sont peut-être un peu humoristiques ou qui vont vulgariser, et un autre utilisera un langage plutôt de catéchèse. Et on a besoin, et c’est ce qui est génial avec Internet, c’est qu’on a besoin d’une multiplicité des messages. A l’époque, y a eu quatre évangiles, on aurait pu en avoir qu’un seul. Ils auraient pu se mettre d’accord et n’en écrire qu’un, mais il y a quatre évangiles différents, il y a plusieurs lettres de Paul. Je pense qu’aujourd’hui, les médias nous permettent d’avoir plusieurs témoignages et plusieurs approches d’un même mystère et d’une même personne.

P. M. Amari pendant la réalisation d’une vidéo d’évangélisation
Jésus et ses disciples dans la série « The Chosen »

Cet article fait partie du numéro 72 de la revue FOI

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