Martin Ekokanya

ccn, Educateur des grands jeunes, Kinshasa

1 mars 2021

Kinshasa (RDC)

« Tu as du prix à mes yeux … » (Is 43, 4)

Dans le processus d’accompagnement psycho-social des jeunes de Kinshasa, la prière occupe une place de choix. De ce fait, les jeunes sont invités de temps en temps aux groupes de prières, à des récollections, à la catéchèse… Nous portons une attention particulière aux jeunes couples en leur proposant des sorties en week-ends.

Ces jeunes couples, composés d’anciens « shégués » sont souvent instables : ils acceptent de vivre ensemble, souvent avec un ou deux enfants qui peuvent être issus d’unions précédentes. Ils ont d’autant plus besoin d’être accompagnés que, de leur stabilité, dépend celle de leurs enfants. C’est une étape de prévention du phénomène « enfant de la rue ».

Le dernier week-end organisé pour ces jeunes couples eut lieu à Menkao et a réuni sept couples et trois enfants. Deux couples de la Communauté, habitués à la mission Cana, Etienne et Mado Kanyiki et Jean et Mathilde Mbangu, le Père Stéphane, quatre éducateurs et un ancien grand jeune, responsable du groupe de prière des grands jeunes, formaient l’équipe d’animation. Le thème de la recollection était : « Se connaitre et connaitre l’autre pour un projet en couple ». Les ingrédients habituels de la mission Cana auprès des couples étaient bien présents : enseignements, prière, partage en couple, repas partagés, écoute spirituelle, film, fête.

De ce beau programme, je retiens quelques temps forts. Les jeux et les danses : ces grands jeunes viennent chacun de leur quartier et qui sait s’ils ne se sont affrontés dans le passé. Ce temps de danse a permis de mettre entre eux une cohésion et un esprit d’équipe. De la chaise musicale à « Pour passer le Rhône » !! en passant par le chant « Bondissez de joie » et « Talon pointe », les jeunes ont appris des chansons et des danses, dans la convivialité et l’humour : talon pointe devient NA ROND POINT… « J’ai aimé puisque j’ai même joué avec le Blanc, notre prêtre » en parlant du père Stéphane.

La relecture : lors des moments de « relecture », les jeunes s’exprimaient et partageaient ce qui les touchait. Certains nous ont dit combien il était important pour eux de se retirer loin des bruits de la ville. D’autres ont été étonnés par le cadre d’accueil en général mais surtout par le réfectoire rangé comme dans une fête avec les couverts, les nappes, une place pour chacun… Le repas était délicieux mais aussi interpellant puisqu’étant affamés, ils boudaient la banane aux arachides de 17h ; mais, devant le repas du soir, ils ont mangé chacun à satiété. L’un d’entre eux s’est ainsi exprimé : « Pendant l’enseignement c’était comme si on parlait de moi, je me suis toujours senti inférieur aux autres, un vaurien. Grâce à l’enseignement, j’ai réalisé que j’étais connu et voulu par Dieu tel que je suis et que j’ai ma propre mission ». La prière personnelle les a aidés à prendre conscience de leur valeur humaine et à réaliser l’amour et la bonté de Dieu pour eux. « Il y a eu un vrai combat en quittant la maison, car j’étais malade, a partagé un jeune ; mais, pendant la prière personnelle, en répétant que ‘’Dieu me connaissait depuis le ventre de ma mère’’ j’ai senti comme si quelque chose sortait de ma tête. J’ai reçu une paix intérieure et, depuis, je suis guéri de mes maux ». La majorité des jeunes a été touchée par le film, War Room. Un tel s’identifiait à cet homme violent avec sa femme et sa fille, l’autre au voleur, l’autre encore à l’esprit rebelle de la femme. Ils étaient touchés par la force de la prière et du soutien indéfectible de la grand-mère. Et étaient convaincus de la puissance libératrice de la prière et le courage qu’on a grâce à l’Esprit Saint. Tous ont aspiré au changement…

Les binômes d’écoute : nous avons constitué quatre binômes d’écoute pour accueillir ces jeunes couples. Chez l’un d’entre eux, l’homme disait reconnaître ses crises quand il est ivre et le regretter ; il reconnaissait sa jalousie et demandait des conseils pour s’en sortir. Sa femme voulait l’enfoncer, mais reconnaissait tout de même son propre manque de respect envers son mari. Pour une autre, ce fut le regret de sa vie de prostitution. Parfois, elle disait détester son mari qui lui interdit de sortir. Et, en même temps, elle reconnaissait son amour pour elle et pour son bébé, né d’une précédente union, et la nécessité d’en sortir. Elle sollicita nos prières pour s’en sortir et aimer son mari comme lui l’aime. Chez un autre couple, les reproches se croisaient : la femme fustigeait l’ivresse et la mauvaise compagnie de son mari et l’homme, la tendance de sa femme à faire des problèmes avec pas grand-chose et ainsi déstabiliser l’harmonie conjugale. Ce moment en couple a permis de faire éclore certaines vérités : les jeunes se sont regardé en face et se sont dit ce qu’ils ne pouvaient pas se dire en temps ordinaire.

La prière en couple : le Père Stéphane a appris à chaque couple comment prier ensemble en mettant une troisième place pour le Seigneur (le « trilogue » de Cana). Ainsi, pendant le temps de prière en couple, une troisième chaise a été mise, sur laquelle une icône fut déposée pour marquer la présence de Dieu. Tous les jeunes ont aimé cette pratique. Le père Stéphane a promis une icône pour chaque couple tellement chacun était déçu de rendre son icône à la fin de la prière.

La messe : Loin d’être tous catholiques, les jeunes ont suivi néanmoins la messe avec une grande attention. Beaucoup de jeunes ont été touchés par l’homélie du prêtre, qui voulait faire passer ce message : l’homme, enfant de Dieu, a besoin de la sécurité et de la tendresse. Il s’est appuyé sur un petit évènement survenu la veille. Mina, quatre ans, est la fille d’un des couples. Bousculée le samedi par une autre fille, dans sa détresse, elle courut tout en pleurs vers son papa, tendant ses bras vers lui. Celui-ci la prit immédiatement. Se sentant en sécurité, la fille descendit ensuite pour se blottir tendrement sur le coeur de sa mère. Le prêtre voulait montrer aux jeunes combien le Seigneur attend nos prières pour les exaucer. En même temps, Dieu donne la sécurité et la tendresse à tous ceux qui le cherchent.

La fête : les jeunes étaient très contents du repas festif qui leur était offert pour clôturer le weekend, avec une boisson fraîche de leur goût. Beaucoup ont émis le voeu de revenir pour approfondir leur relation de couple.

Cet article fait partie du numéro 68 de la revue FOI

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