Malou Derory

Petite Soeur de la Sainte Enfance De retour en France après 36 ans de mission au Burkina Faso

9 janvier 2022

Un chemin synodal

Un chemin synodal

Pour avoir participé à plusieurs chapitres de congrégation, je peux dire que c’est, pour moi, une réelle aventure humaine et spirituelle qui se vit dans une expérience bien particulière. En effet, les membres d’un chapitre sont conduits par l’Esprit et Celui-ci est toujours imprévisible. Ce qui suppose donc de se laisser toucher par ce même Esprit qui peut faire toute chose nouvelle, si nous nous mettons en condition d’écoute de la Parole de Dieu. Cette Parole rejoint chaque membre et fait émerger des lumières, des éclairages pour avancer dans les discussions, les débats à partir de telle question ou de telle orientation à prendre….

Qu’est-ce qu’un chapitre ?

Le chapitre général est un évènement d’Eglise. Il a une autorité suprême par son caractère unique et décisionnel. Il est aussi porteur de vie et donneur de sens pour toute la famille religieuse, qui s’inscrit dans la fidélité au charisme de fondation. Il se situe dans le temps et pour un temps.

En ce qui concerne notre congrégation, il s’étend sur une période de trois semaines. Un programme bien établi permet d’équilibrer travaux de groupes, temps d’intériorisation, de prière personnelle et communautaire, temps d’assemblées, sans oublier des temps de repos pour être efficace dans la réflexion…Dans notre congrégation, Les Petites Sœurs de la Sainte Enfance, le chapitre a lieu tous les cinq ans. Il permet de relire le passé, de repérer là où doivent se mobiliser des énergies nouvelles. Il est important de regarder lucidement ce qui a construit la congrégation, les difficultés ou les échecs rencontrés. C’est ensuite, dans un discernement qu’une réflexion est conduite pour avancer dans la confiance et de façon ré ajustée, au regard des réalités du monde d’aujourd’hui et dans la dynamique de l’esprit de notre charisme.

Le dernier chapitre des Petites sœurs de la Sainte Enfance s’est tenu en août 2021 à Bobo Dioulasso au Burkina Faso.

Il a commencé par deux journées de mise en condition, sur le plan spirituel, sur le plan social et économique, en relisant les évènements du monde et leurs conséquences pour notre vie religieuse. Puis, une célébration d’ouverture du chapitre, présidée par le représentant de l’Eglise diocésaine, a marqué le top départ pour demander l’assistance de l’Esprit. Il est important de s’en remettre à Celui qui est au cœur de nos existences et qui conduit nos vies.

Les membres d’un chapitre sont élus par l’ensemble des sœurs de la famille religieuse après réflexion et discernement. Ces membres, représentantes du corps congrégation, doivent veiller dans les débats, les prises de position à tenir compte non pas seulement d’elles-mêmes mais de l’ensemble du corps. L’écoute mutuelle tient une grande place. Elles doivent parvenir à des décisions qui orientent l’avenir de la congrégation.

Toutes les sœurs de la congrégation sont concernées par cet événement puisqu’un travail préparatoire est demandé à chacune ainsi que la prière. Cette réflexion porte sur le vécu des cinq dernières années tout en s’appuyant sur les orientations du dernier chapitre. Ainsi, chaque sœur peut librement s’exprimer à partir d’un questionnaire élaboré par le conseil général sur la vie de la Congrégation.

Enfin, un chapitre se vit sous l’autorité d’un responsable d’Eglise qui est témoin de la vie des membres. Monseigneur Paul Ouédraogo, archevêque de Bobo Dioulasso, a tenu à se rendre présent à certains de nos travaux en se mettant à notre écoute, en apportant son éclairage.

L’expérience d’un chapitre requiert quelle attitude, quelle vision ?

Tout d’abord, c’est dans une attitude d’humilité qu’il est demandé d’entrer pour accueillir dans la foi, à partir des différents rapports, la réalité du vécu de la Congrégation. Ensuite, pour en comprendre toute la teneur, il est nécessaire de prendre en compte sans parti pris, les questions exprimées, les avis partagés, toujours dans le respect de la parole de l’autre. Ce qui suppose de venir à cet événement reposée, confiante en l’Esprit, désireuse d’apporter sa participation afin d’être dans les conditions maximums pour recevoir ce qui advient et non ce que je souhaite.

Dans cette logique, une attitude bienveillante est nécessaire pour entrer dans un travail constructif avec d’autres. C’est le bien commun qui est voulu, pour qu’une marche ensemble soit possible. N’est-ce pas cela entrer sur un chemin synodal ? Ce qui nécessite des temps de prière communautaire, d’intériorisation, de silence, de rencontres personnelles avec sa sœur pour entendre la voix de l’Esprit au plus intime de soi-même.

C’est le bien commun qui est voulu,
pour qu’une marche ensemble soit possible.

Comment avez-vous vécu cet évènement ?

Je crois que cette expérience m’a bousculée certains jours, m’a permis de cheminer suite à la parole de ma sœur qui a touché en moi des résistances. Au long des jours, un certain consensus se dégageait, et c’est là que j’ai perçu le travail de l’Esprit à travers la dimension du corps qui prenait consistance, qui se renouvelait.

En effet, la majorité des membres étant burkinabè, une tonalité autre se percevait par rapport aux chapitres précédents où la représentation africaine était minoritaire. D’ailleurs, le chapitre s’est déroulé non plus sur le sol français mais sur le sol burkinabè.

La confiance mise en notre animatrice africaine, sœur d’une autre congrégation, a facilité la tâche, car elle communiait profondément à notre réalité de vie. Elle portait le souci de donner la parole, de la relancer et de recueillir ce qui remontait des participantes, faisant apparaître ce qui était le plus innovateur. Sa présence m’a apaisée tout au long de ce parcours. Par elle, Dieu était à l’œuvre.

Un moment très émouvant m’a aussi touchée : le temps du discernement donné pour choisir et élire la nouvelle supérieure générale. Cette élection nous a conduites à mettre en place la première responsable générale africaine. La joie, mêlée de beaucoup d’émotion, aussi bien pour elle-même que pour toutes, se lisait sur les visages. Après un temps de recueillement, de silence, d’acceptation de ce choix posé sur elle, des chants d’action de grâce ont monté de nos cœurs en nous rendant à la chapelle. C’est alors que nous avons signifié devant le Seigneur combien Il continue de faire des merveilles. Chacune a pu manifester personnellement à la nouvelle élue, un geste de reconnaissance en l’accueillant comme Supérieure générale. C’était un moment fort de notre chapitre.

J’ai apprécié la présence de personnes extérieures pour des interventions qui sont venues enrichir les réflexions, notamment la présence du couple du Chemin-Neuf, Alex et Prisca en début de chapitre. En rappel, un chemin d’alliance s’est concrétisé entre la communauté du Chemin Neuf et la congrégation des Petites sœurs de la Sainte Enfance depuis quelques années. Il était bon d’en signifier la consistance au cours de ce chapitre. Or ces temps d’échange durant plusieurs jours ont favorisé la connaissance réciproque surtout avec les sœurs burkinabè qui ont mieux compris les enjeux de cette alliance. Quelle richesse cette aventure entreprise !

Après un recul d’une année, je ne peux qu’exprimer ma reconnaissance pour ce que l’Esprit a pu permettre comme audace pour oser regarder l’avenir avec espérance tout en sachant que c’est avec nos pauvretés, notre vulnérabilité que le Seigneur nous envoie en mission et nous accompagne sur tous nos chemins. Sans Lui rien ne serait possible. « Ensemble allons semer l’espérance » telle est l’orientation prise pour ces 5 prochaines années.  

Oser regarder l’avenir avec espérance tout en sachant que c’est avec nos pauvretés, notre vulnérabilité
que le Seigneur nous envoie en mission.

Cet article fait partie du numéro 74 de la revue FOI

Cheminer ensemble

septembre-octobre-novembre 2022

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