Martine et Michel Kremer

mariés, ccn, Clermont Ferrand.

Engagements à vie

Un pas de foi fructueux

A Pâques 1986, en la cathédrale St Jean, à Lyon, une célébration réunit la Communauté autour de Mgr. A. Decourtray, archevêque de Lyon, à l'occasion des engagements à vie de plusieurs membres. Pour la première fois, des couples et des célibataires consacrés s'engagent définitivement ensemble. Michel et Martine Kremer est l'un de ces couples.

FOI : Comment avez-vous reçu l’appel à vous engager dans la Communauté ?

Michel :
Après une conversion à la Saint Paul, à 17 ans, la foi est devenue rapidement la priorité de ma vie. Après trois ans, j’ai eu l’intuition de cet engagement : « Seigneur, je vois que tu m’aimes, je te propose un contrat : moi je m’occupe de toi et toi tu t’occupes de moi ». J’ai appris plus tard que c’est une relation d’alliance, et j’ai compris que c’était l’Esprit Saint qui, le premier, me la proposait. Cet engagement d’alliance est le moment le plus déterminent de ma vie.

Coopérant en Afrique, j’ai été très proche d’une petite communauté de Sœurs de Foucauld, si bien que je me posais la question de me rapprocher des Frères de Foucauld. Une seule chose m’a arrêté : « Seigneur, j’ai le sentiment que ce n’est pas là que tu m’appelles ». Je ne rentre pas dans une communauté parce qu’elle me plait, mais si je m’y sens appelé.

Revenu en France, j’étais très proche de la Communauté du Chemin Neuf. L’appel est venu soudainement, dans la prière, en trois jours. Le premier jour je ressens l’appel à partager mes biens, le second à partager ma vie, le troisième à évangéliser. Un peu interloqué, je demande : « Où, Seigneur ? ». « Dans la communauté du Chemin Neuf ». Je vais voir mon accompagnateur jésuite qui me dit simplement : « C’est étonnant, mais les signes de l’Esprit sont là, vas-y ». Les six premières années se sont passées paisiblement et ont confirmé l’appel. Dans ce même temps, je me mariais avec Martine, engagée également dans la communauté.

FOI : Que représente pour vous l’engagement à vie ?

Martine :

Pour moi, cela signifie se déterminer pour le Christ dans une dépendance à lui et aux frères et sœurs. C’est faire le choix de la confiance et de la dé-maitrise de ma vie. Cela représente aussi un enracinement de la communauté dans le Christ, et j’y participe à ma petite mesure ; un engagement avec d’autres pour former un corps. Enfin, témoigner que c’est possible avec une famille, folie pour les hommes mais sagesse avec Dieu.
Le fait que nous soyons les premiers couples était une démarche de confiance difficile pour moi mais cela a été un pas de foi fructueux.

Michel :

La Communauté avait reçu une interpellation du Seigneur à travers l’image d’un arbre accompagné de la parole : « Avez-vous les racines de vos branches ? ». J’ai eu la conviction que notre engagement à vie n’était pas visible, il se situait du côté des racines. Il solidifie la communauté.

FOI : Quelle était votre situation en 1986 ?

Martine :

Michel avait quitté son travail professionnel depuis deux ans pour nous occuper d’un foyer de jeunes au 10 rue Henri IV à Lyon. Nous avions trois enfants en bas-âge. Pendant cette période, je suis partie faire la retraite des 30 Jours, qui m’a fait vivre un gros travail intérieur.

La démarche d’engagement à vie s’est présentée au même moment. Choisir cet engagement fut un pas d’abandon et de foi dans le Seigneur. Être pauvre n’est pas un obstacle à l’engagement. Le fruit a été une grande foi et une grande paix. Comme l’a exprimé François Cartier engagé avec nous, nous vivions la parabole du trésor caché dans le champ pour lequel nous lâchions tout.

FOI : Neuf ans après, vous avez vécu, vous personnellement, mais aussi la Communauté, un temps d’épreuve.

Martine :

Un tiers de ceux qui s’étaient engagés à vie avec nous ont quitté la communauté. Dans le même mouvement, mes parents la quittaient également. Tout cela m’a beaucoup affectée. La commu- nauté a traversé une crise douloureuse. Avec la création du Chapitre, je crois qu’ils craignaient vraiment que les orientations et les décisions de la communauté ne reviennent qu’à quelques-uns.

Michel :

Pour ma part, l’épreuve fut également douloureuse, mais je portais depuis l’origine au fond de moi que nous étions appelés à être un corps apostolique. La Communauté grandissant et s’internationalisant, la constitution d’un Chapitre devenait le remplacement nécessaire de l’assemblée souveraine des engagés, afin que chaque pays aie « voix au chapitre ». C’était être fidèle à l’intuition de départ. Cela m’a permis de garder la paix.

Martine :

Je pense que s’ils avaient connu ce que nous avons vécu cette année, avec les groupes capitulaires et toutes leurs remontées qui ont nourri le Chapitre, cela les aurait rassurés.

Michel :

Le risque d’un Chapitre est l’éloignement : que nous ne nous sentions plus concernés par ce qu’y s’y passe. J’ai le sentiment qu’en tâtonnant de Chapitre en Chapitre, nous avons fait le passage d’un investissement de chacun pour le Chapitre, tant pour l’élaboration que pour la réception (à vivre aujourd’hui). Cela me donne beaucoup de joie.

FOI : D’un point de vue concret, que représente l’engagement à vie d’un couple ?

Michel :

Nous n’avons manqué de rien pour élever nos enfants et leur permettre de faire des études. Le Seigneur a veillé sur nous. Sa sollicitude passe concrètement par les frères et la Providence.

Martine :

Concrètement nous avons renoncé à posséder une maison à nous pour accueillir nos enfants. Mais les maisons communautaires ont été des lieux de belles vacances pour nos enfants et petits-enfants. A travers notre engagement à vie, nos enfants ont pu voir notre profond attachement au Christ. Ils ont accueilli cela avec respect, même s’ils ne font pas les mêmes choix que nous. Propos recueillis par P. Paté

Engagements à vie, Cathédrale St. Jean, Lyon, 1986

Cet article fait partie du numéro 78 de la revue FOI

LE CHEMIN NEUF FÊTE SES 50 ANS

septembre-octobre-novembre 2023

Vie de l'église   Vie de la Communauté  

Ces articles peuvent aussi vous intéresser…

5 ans après la déclaration « La fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune »

Le document sur la fraternité humaine, une boussole pour aujourd’hui

Emmanuel Pisani o.p.

C’était le 4 février 2019. Le pape François et le Grand Imam d’al-Azhar s’étaient retrouvés à Abu Dhabi où ils signaient ensemble un document sur la fraternité humaine. Indéniablement, une surprise. Plus encore, un évènement. Jamais encore dans l’histoire de l’Eglise et des rel...