Avoir 50 ans, fêter 50 ans de mariage

Une année doublement jubilaire !

Avoir 50 ans,fêter ses 50 années d'alliance, voilà une étape importante dans notre vie personnelle ou d'alliance. Quelle en est la grâce, l'exigence, la joie ou la difficulté? De France et d''Angleterre nous viennent ces témoignages. Joyeux Anniversaire!!

Retrouver une intimité gratuite avec Dieu

Muriel d’Hoffschmitt, soeur consacrée, ccn, Maison Cana, Pothières

« Vous ferez de la cinquantième année une année sainte, et vous proclamerez la libération pour tous les habitants du pays. Ce sera pour vous le jubilé : chacun de vous réintégrera sa propriété, chacun de vous retournera dans son clan. Cette cinquantième année sera pour vous une année jubilaire. » (Lévitique 25, 10-11a)

Ce chapitre du livre du Lévitique nous dit ce qu’est un jubilé pour le peuple juif. Le mot jubilé vient de l’hébreu Yobel qui signifie « bélier » ou « corne de bélier ». Tous les cinquante ans, le son de ce cor ouvrait une année spéciale pour Israël, année sainte. Une année particulièrement consacrée à Dieu, au repos et à une remise à niveau sociale.

Il y a quelques semaines, en lisant ce texte, je me suis dit que ça éclairait quelque chose que j’étais en train de vivre. Je viens de passer une année en Suisse, à Bethanien, au service de la communauté, c’était déjà ma cinquantième année. Pendant le Chapitre général de la Communauté à l’abbaye d’Hautecombe, j’ai eu la joie de fêter mes 50 ans le 9 août (même date anniversaire que le Père Laurent Fabre, fondateur de notre communauté). Je suis maintenant en train de m’installer en ce mois de septembre 2023 aux Pothières, dans la maison Cana, en région lyonnaise.
C’est à travers ce texte de lévitique 25 que j’aimerais vous partager certaines choses qui m’habitent…

Une année sainte :

Cette cinquantième année en Suisse m’a aidée à retrouver une intimité gratuite avec Dieu. Le cadre des montagnes fut pour moi une grâce d’émerveillement quotidien. Il s’agit de lever les yeux et de se détourner de soi pour trouver le secours et la paix en Dieu, l’essentiel, comme le dit le psaume 120 : « Je lève les yeux vers les montagnes : d’où le secours me viendra-t-il ? Le secours me viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre ».

La contemplation de la création m’a toujours aidée à trouver Dieu, dans la beauté des paysages, l’harmonie et la diversité des couleurs, les parfums, les animaux, toute cette vie qui grouille partout ! Mais rien n’égale la grandeur et l’immensité des montagnes. Les sommets enneigés attirent mon regard et suscitent la louange du plus profond de mon coeur. Dieu a créé tout cela pour moi, pour me manifester son amour, sa tendresse, sa bonté. La création me met en relation intime avec le Créateur ! Alors ce Dieu Saint qui semble lointain se fait tout proche de moi, sa créature. Il touche mon âme, m’éveille à la vie et à l’espérance. Devant cette immensité, je me sens aussi toute petite, je me remets à ma juste place de créature dans une dépendance à Dieu.

« L’homme qui s’émerveille se quitte, il s’oublie, il est délivré de lui-même, il entre en contact avec une réalité infinie qui le comble ! Il respire, il découvre l’orbite de son âme, l’immensité de la réalité qui l’aimante et qu’il ne cesse de poursuivre », écrit Maurice Zundel.

Une année sainte qui fut une année davantage centrée sur Lui comme le dit Thérèse d’Avila dans une formule ramassée : « Solo Dios basta », « Seul Dieu suffit ». Très souvent, j’ai pu faire l’expérience de cette parole, retrouver la paix dans un moment à la chapelle, de jour, comme de nuit, en redisant simplement mon amour de préférence pour le Christ.

J’aime beaucoup la prière de St Nicolas de Flue :

« Mon Seigneur et mon Dieu, prends-moi tout ce qui m’éloigne de Toi. Mon Seigneur et mon Dieu, donne-moi tout ce qui me rapproche de Toi. Mon Seigneur et mon Dieu, détache-moi de moi-même pour me donner tout à Toi. »

Proclamer la libération :

A 50 ans, je peux aussi contempler le chemin parcouru et proclamer la victoire du Christ dans une vie plus libre à sa suite.
J’ai reçu une éducation avec un grand sens du devoir et du travail, de la générosité et du don de soi, sans forcément avoir beaucoup d’espace pour exprimer ses sentiments ou ses besoins. Ceci m’a façonnée dans ma manière de vivre et de me donner dans la communauté.

Pourtant, le Seigneur m’invite ces derniers temps à passer d’une identité de « bulldozer » à consentir à être une « petite binette ». J’ai toujours été prête à partir comme missionnaire à l’étranger, à aider pour une nouvelle fondation ou à relever des défis. Mais, Dieu m’invite à simplement être une petite binette dans sa main, pour un travail simple, humble et joyeux à l’image de son cœur. Il ne s’agit pas de faire de grandes choses, missionnaire au loin et de briller par orgueil, mais d’être missionnaire d’amour là où le Seigneur a besoin : pour ce qui me concerne, être maitresse de maison aux Pothières.

A l’image de cette parole de Philippiens 3, 8 : « À cause de lui, j’ai tout perdu ; je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ », être prête à tout perdre pour gagner le Christ, et être saisie par Lui. Laisser mes désirs d’efficacité et de « faire » pour « être » davantage disponible aux imprévus de l’Esprit Saint dans le quotidien, dans la gratuité des relations.

Le jubilé

50 ans, c’est rendre grâce pour le chemin parcouru, pour la bonté de Dieu !
Je rends grâce pour la famille dans laquelle j’ai grandi ainsi que la foi et les valeurs transmises par nos parents.

Je rends grâce pour mes frère et sœurs qui continuent à prendre soin de cet esprit familial (ils se sont tous déplacés en Suisse pour fêter ces 50 ans à Bethanien !) : joie de chanter la vie, prier, partager.

Je rends grâce particulièrement au Seigneur pour la révélation de son amour pour moi à l’âge de 16 ans. Cette rencontre d’un Dieu amour a transformé ma vie et a ouvert cet appel à lui consacrer tout ce que je suis dans la vie religieuse. Dieu est fidèle, il est patient, il est miséricorde… ainsi que les frères et sœurs avec lesquels je vis cette aventure magnifique de la vie communautaire depuis presque 30 ans : la joie d’un trésor partagé !

Mais 50 ans, c’est tout petit, c’est un premier jubilé ! La dernière sœur Dominicaine de Bethanien saluée avant mon départ va fêter ses 100 ans. Elle est un bel exemple de fidélité qui permet au Christ de répandre la bonne odeur de sa présence dans le monde. Puissions-nous aussi partager ce parfum !

Retourner dans son clan

Après 24 ans de mission à l’étranger (hors France), c’était sans doute le moment de retourner vers le « clan », un retour vers le cœur de la communauté. En arrivant aux Pothières, je me sou- viens de mon premier engagement dans la Communauté, ici même lors d’une eucharistie sur la terrasse. C’est un retour aux sources !

Jésus me repose cette question : « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? Oui, Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime » (Jn 21, 15-18).
Que cet amour du Christ fasse de notre maison un Béthanie où Jésus aime venir se reposer, rencontrer ses amis et partager ce bon vin de Cana… qui bonifie avec les années.

« Cette cinquantième année sera pour vous une année jubilaire » YALLAH ! f M. d’H.

Aller plus loin dans l’amour l’un pour l’autre

Charles et Felicity Hadley, mariés, ccn, Storrington, Angleterre

C’est une étrange coïncidence qu’à peu près au moment où la Communauté du Chemin Neuf est née, nous nous sommes mariés dans une belle petite église de campagne dans le Somerset (sud-ouest de l’Angleterre), unis par le père de Felicity. Cette année, nous pouvons donc célébrer un double jubilé pour nous et pour la Communauté.

Felicity avait dit qu’elle n’épouserait pas un pasteur ou quelqu’un avec une calvitie naissante et Charles avait dit qu’il ne se marierait pas avant l’âge de 30 ans. Charles travaillait pour une banque internationale et devait bientôt se rendre à Paris, puis à Hong Kong. Felicity n’était
pas aussi enthousiaste à l’idée de voyager et, bien que Charles fasse partie de la première promotion de diplômés, la banque appliquait encore les règles en vigueur pour les jeunes en fin d’études, qui interdisaient tout mariage avant l’achèvement de l’affectation de trois ans à Hong Kong.

Quoi qu’il en soit, Charles a abandonné son travail et nous nous sommes mariés juste avant qu’il ne commence sa formation de prêtre (il l’a épousée pour son argent !). Pour sa formation, nous sommes allés dans une paroisse du Suffolk et avons rencontré le Tiers Ordre de la Société de Saint-François. Nous avons ressenti l’attraction radicale de saint François. En quittant le Suffolk, nous sommes devenus des tertiaires franciscains, reconnaissants d’appartenir à un ordre apostolique avec une Règle de vie et lieu de partage sans les pièges de nos rôles paroissiaux.

Les tertiaires prennent au sérieux l’appel à la pauvreté. En plus des difficultés financières, Charles a également constaté dans son ministère que de nombreuses personnes souffraient de pauvreté émotionnelle, de famine même, dans leur vie, leurs relations et même leurs mariages. Il y avait peu de joie ; et l’humilité, l’amour et la joie sont les Trois Notes qui marquent un Tertiaire.

Nous avons rencontré le Chemin Neuf en 1992 lors d’un voyage dans plusieurs communautés nouvelles en France. De nombreux membres de ces communautés nous ont fait part de l’impact de la Semaine CANA sur leur mariage et leur famille. Les couples qui sentaient qu’ils avaient besoin de temps pour parler et partager dans un lieu sûr, qu’il pouvait y avoir plus dans leur mariage, qui voulaient renouveler leur joie, aller plus loin dans leur amour l’un pour l’autre, ont trouvé que la Semaine CANA était un espace de grâce.

Alors, bien sûr, nous avons demandé à la Communauté (Jacqueline Coutellier, en fait) si le Chemin Neuf pouvait lancer quelque chose en Angleterre. Et quand, neuf ans plus tard, nous avons rejoint la Communauté, Laurent nous a encouragés à continuer comme Tertiaires et à déployer les charismes de François et de Claire.

Quelle est donc notre joie alors que nous célébrons cette année jubilaire ?

Quelle est la joie du mariage ?
Le mariage est un appel à s’engager envers son conjoint, une invitation à devenir une seule chair. Le couple prend plaisir à la compagnie de l’autre, il aime faire des choses ensemble, il célèbre les réussites et les intérêts de chacun (Charles a appris à aimer l’opéra et à nommer les plantes et les papillons grâce à Felicity et Felicity a appris à aimer les cacahuètes et les voyages et nous aimions déjà tous les deux le chocolat noir), ils font de l’espace l’un pour l’autre, ils s’affirment et s’encouragent mutuellement. Leur joie est d’être ensemble. Leur modèle est le Christ Jésus, qui s’est donné sans condition à ceux qu’il aimait.

Mais il y a un deuxième appel. Tôt ou tard, la vérité de qui je suis et de qui est mon conjoint émerge et remet en question mon bonheur. C’est le deuxième appel, l’appel à aller plus loin, à découvrir le riche trésor caché du mariage. C’est une invitation à nous accepter, moi et mon conjoint, tels que nous sommes réellement, à reconnaître ma pauvreté ou mon manque, mon inadéquation, ma souffrance.

Felicity et moi, dans notre mariage, avons dû répondre à ce deuxième appel. Notre amour a été mis à l’épreuve, nous avons lutté. L’un des thèmes de la semaine Cana porte sur le fait que « Amour = bonheur + souffrance ». Nous ne devrions pas être surpris s’il y a des moments de souffrance dans notre mariage. Avec Jésus dans le mariage, la croix est au cœur, mais il nous ouvre le chemin de la résurrection. Le fait de traverser ensemble des périodes de souffrance nous a apporté de nouvelles joies et une nouvelle compréhension, car nous avons appris, par la grâce, à nous accepter l’un l’autre comme les personnes que nous sommes vraiment. Aucun mariage ne peut survivre et devenir une source de joie riche et durable sans sacrifice.

L’une des grandes joies de CANA (comme de toutes les missions du Chemin Neuf) est d’inviter l’Esprit Saint à tout inspirer et de voir les miracles de la grâce qui se produisent lorsque les gens s’ouvrent à Lui. Le renouvellement dans le mariage fait très souvent partie du renouvellement de l’engagement d’une personne envers Dieu. Il y a cinquante ans (le 28 juillet), nous nous sommes engagés à être ensemble pour la vie, à nous donner pleinement l’un à l’autre.

Dans notre ministère commun dans quatre paroisses et une aumônerie universitaire, en tant que tertiaires franciscains, en tant que membres de la Communauté du Chemin Neuf dans une fraternité de quartier et dans des fraternités de vie (Jérusalem et Langport), nous avons essayé d’accueillir l’Esprit Saint dans toutes nos prises de décision.

Arriver à la célébration des Noces d’Or ne signifie pas qu’il a été facile d’honorer cet engagement. Et nous ne sommes certainement pas des « experts ». Mais nous savons que si nous reconnaissons notre pauvreté et comptons sur l’Esprit Saint pour nous donner la force de tenir nos promesses, nous aurons accès à une source de joie inépuisable.  C. & F. H.

Cet article fait partie du numéro 78 de la revue FOI

LE CHEMIN NEUF FÊTE SES 50 ANS

septembre-octobre-novembre 2023

Autre   Oecuménisme   Vie de la Communauté  

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