Ruth Lagemann

sœur consacrée, ccn, Liège (Belgique)

Fondation en Allemagne

Une aventure au-delà des murs…

Une petite histoire de la fondation de la communauté du Chemin Neuf en Allemagne

L’histoire commence dans les années 70 quand le jeune Jésuite Laurent Fabre, alors étudiant en théologie et psychologie, découvrait la dimension de la vie dans l’Esprit et faisait l’expérience du Baptême dans l’Esprit. C’était lors d’un fameux week-end en montagne avec un certain américain épiscopalien Marc Hofman, qui, plus tard, deviendra « brother Moses » dans la « Jesusbruderschaf t », communauté allemande luthérienne à vocation œcuménique. Hubertus Tommek, alors également Jésuite étudiant en théologie à Lyon, voyant Laurent transformé par cette expérience, désire vivre cette même démarche et exprime sa prière : « Jésus, jusque-là, tu m’as donné de l’eau gazeuse, aujourd’hui je te demande de me donner ton champagne ! ». Cette prière ne fut pas sans conséquences…

C’est vingt ans plus tard, en 1988, que ces deux Jésuites, tous les deux alors devenus fondateurs de communautés nouvelles, l’un à Berlin et l’autre à Lyon, se retrouvent pour une rencontre de responsables charismatiques Européens à Berlin. Dans la joie de la rencontre fraternelle et du partage de ce que l’Esprit a fait chez chacun d’eux, Hubertus invite Laurent à venir donner une première session Cana à Berlin. « Je m‘occupe de l’infrastructure, tu viens avec ta communauté animer la session ! ».

Ainsi, en mai 89, a lieu cette première session Cana dans la maison d’accueil des Jésuites à Berlin-ouest à Kladow, pas loin de l’ancien mur de Berlin, réunissant une dizaine de couples en provenance de Berlin, de Bavière et de la Westphalie, catholiques et protestants.

Un moment clef fut un temps de prière et d’intercession devant le mur avec les serviteurs de la session, priant pour l’unité et la réconciliation des couples, des Eglises et de ce pays marqué par le mur. Une image prophétique est alors donnée par un participant : il s’agit d’un mur rouge de sang sur lequel un arc en ciel se lève et fait pâlir la couleur du mur jusqu’à ce qu’il disparaisse complètement. Cette image est accompagnée de la prière de Jésus pour l’unité en Jean 17.

Qui aurait cru que, six mois plus tard, ce mur allait véritablement tomber… ? Quand, dans la nuit du 9 au 10 novembre, cette chute réveille et surprend le monde entier, Hasso Beyer, premier frère allemand dans la communauté (encore bien française), abandonne son service à la cuisine des Pothières pour rejoindre et servir une église évangélique, Südstern à Berlin, afin d’être au plus près des évènements et préparer une éventuelle mission du Chemin Neuf dans cette ville.
Neuf mois après la première session Cana, autour du réveillon 89-90, les couples reviennent pour vivre la retraite Cana au même endroit, remplis d’émerveillement des miracles que le Seigneur a donné de vivre dans leurs cœurs, leur relations et leurs pays !

Il va falloir un temps de maturation et de patience, pendant lequel Hasso travaillera comme aumônier militaire francais (!) à Berlin jusqu’à ce que la petite maison de l’ancien Carmel à Pankow soit proposée comme première maison communautaire. Enfin, en 1994, est arrivée la proposition du Cardinal Sterzinsky, demandant à la communauté de servir à la paroisse du Sacré Cœur Prenzlauerberg, dans un quartier plein de vie dans l’ancien Berlin-Est. C’est ainsi que le Père Hasso, ordonné prêtre depuis 1992, viendra s’installer au presbytère avec une petite fraternité du Chemin Neuf composée de deux familles et d’autres célibataires consacrés, pour servir ensemble dans ce lieu riche d’histoire et encore proche de l’ancien mur.

L’apprivoisement mutuel prendra du temps entre cette communauté venant de l’ouest (« Wessis ») et les paroissiens de l’Est (« Ossis ») et le chemin de réconciliation vers une unité que l’Allemagne aura à faire après la réunification en 1990, avec espérances, chutes, blessures, incompréhensions, réconciliations, joies et peines, et cela marquera aussi la vie de la petite communauté.

Une école de langues, ouverte en 1997 dans les bâtiments de la paroisse et accueillant des jeunes venant surtout de Pologne, de Hongrie, de Tchéquie… ouvrira les portes entre Est et Ouest pour une confiance qui grandira petit à petit. L’animation des cours Alpha, fortement encouragée par le Cardinal (« Je ne connais pas Alpha, mais vous je fais confiance. Allez-y et racontez-moi comment cela se passe ! »), a mis un vent nouveau dans la paroisse, qui, petit à petit, s’est transformée grâce aux dizaines de jeunes adultes baptisés chaque nuit de Pâques.

La Communauté, encore petite, doit s’organiser pour chaque session et week-end et vit une petite vie de nomade, cherchant des maisons d’accueil pour chaque session, réunissant les participants de Berlin, de la Bavière, de Westphalie et plus tard aussi d’ailleurs.

Plusieurs sessions « Venez voir » autour du réveillon à Berlin, avec des éléments de vie spirituelle et fraternelle et découverte de la ville, tout en logeant chez l’habitant, permettent de faire grandir une « fraternité œcuménique internationale » avec des personnes venant de toute l’Allemagne.

L’engagement à vie de Ruth, première luthérienne dans la communauté, ouvre des portes de dialogue avec l’Eglise luthérienne de Berlin. Son évêque, Wolfgang Huber ainsi que Isolde Boehm, une des responsables, deviennent amis et hôtes réguliers dans la communauté. « Votre vocation, c’est d’être comme des ponts entre les Eglises, et cette ville, qui a été marquée par des murs ,a besoin de ponts!» affirment-ils. Ainsi, en juin 99, se vit à la Kaiser Wilhelm Gedächtniskirche l’envoi et la bénédiction officielle avant l’engagement à vie de Ruth (et Pater Gerold), quelques mois avant la déclaration commune pour la justification.

Engagement à vie de Ruth (à gauche), 1999

Cet engagement œcuménique a pour conséquence la création d’un petit centre œcuménique qui ouvre ses portes à Berlin-Mitte le 31 octobre 2004 et reste durant plusieurs années un lieu de vie fraternelle, de prière, de formation et de rencontres au service de l’unité. Tout petit et caché, ce centre accueille des artisans d’unité comme le Cardinal Walter Kasper, le cosignataire de la déclaration d’Augsbourg, Bischof Christian Krause, Anba Damiaan, évêque de l’Eglise copte orthodoxe en Allemagne, la plateforme œcuménique « Gemeinsam für Berlin/Ensemble pour Berlin », des pasteurs méthodistes, pentecôtistes, frères moraves…et se voulait un lieu d’encouragement pour des responsables d’Eglises.

Une rencontre providentielle en 2005 avec Douglas Fernando, immobilier catholique à affinité ignatienne, donne naissance à un projet commun avec les sœurs Christkönig, sœurs dominicaines à Berlin Lankwitz. Depuis 2006, une fraternité de la communauté anime, dans ce lieu des retraites, des jours de recueillement, accueille des étudiants et continue aussi, après le départ des religieuses, à garder cette maison comme une maison de prière. La fondatrice des religieuses avait déjà un cœur œcuménique et, depuis 2003, la crypte accueille une communauté orthodoxe pour sa liturgie. Avec le petit temple protestant voisin, l’appel du Chemin Neuf à prier et travailler pour l’unité des Chrétiens dans cette ville riche en symboles au cœur de l’Europe reste bien actuel.

L’Esprit Saint peut visiter nos histoires, transformer nos murs en ponts et nous inviter à y être ses collaborateurs.
« Qu’ils soient UN afin que le monde croie!» (Jn17). R.L.

Cet article fait partie du numéro 78 de la revue FOI

LE CHEMIN NEUF FÊTE SES 50 ANS

septembre-octobre-novembre 2023

Oecuménisme   Vie de la Communauté  

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