Brigitte et Georges Fleurent

Mariés, ccn, Pelussin

21 décembre 2023

Interview

Une aventure nouvelle

Brigitte et Georges habitaient à Tigery (région parisienne), partageant la vie communautaire avec d’autres familles et des frères et sœurs célibataires, lorsque la maladie de Parkinson fut diagnostiquée chez Georges. Pendant plusieurs années, ils adaptèrent leur vie personnelle et communautaire à l’évolution de la maladie ; jusqu’à ce qu’il soit évident que la maison de Tigery n’était plus adaptée à la situation de Georges. Depuis cinq ans maintenant, Brigitte et Georges habitent à Pélussin. Dans un premier temps à la maison des Bleuets, puis, en couple, en EHPAD, aux Grillons. C’est là qu’ils nous reçoivent.

« On aimait beaucoup la vie à Tigery, raconte Brigitte. Mais, après plusieurs incidents de santé, il a fallu prendre une décision. La proposition de la Communauté était de venir à Pélussin. Cela nous semblait loin. Après de multiples discussions auxquelles nos enfants ont été associés, la décision a été prise de gagner Pélussin.

Nous avons été accueillis aux Bleuets par les frères et sœurs communautaires. L’environnement convenait beaucoup mieux à Georges. Et puis, un nouvel accroc dans le parcours Parkinson nous a fait déménager dans une EHPAD qui se trouve tout à côté. Au début, Georges était seul. Mais, bien vite, nous nous sommes rendu compte que ce n’était pas une vie de couple, même si les deux maisons étaient très proches. C’est Georges lui-même qui a demandé que je le rejoigne. Nous avons pu emménager dans une chambre pour couple, ce qui est assez rare. Maintenant, nous habitons tous les deux aux Grillons, c’est notre nouveau cadre de vie. Lorsque nous relisons notre vie à deux, nous voyons bien que toutes les expériences vécues depuis 60 ans ont été « conduites » : notre rencontre, les différents lieux de vie de la famille, la rencontre avec les frères de la Communauté, à Epinay-sous-Sénart, la responsabilité du Foyer des Jeunes travailleuses, à Paris, le départ au Zaîre et tant d’autres aventures… A l’écoute de l’Esprit Saint, cela s’est fait tranquillement, dans le fil des jours et des rencontres.

Et ce que nous vivons aujourd’hui est du même ordre : essayer d’être docile à l’Esprit Saint. C’est le Seigneur qui conduit. Jamais on aurait dû arriver à Pélussin… Mais, il faut qu’on soit tous les deux. George a bien réalisé que, si on était chacun de notre côté, cela ne serait pas vivable. En fait, c’est notre force, on a toujours été près ensemble. Là, j’ai un peu suivi, c’est sûr, mais dans la confiance.
Maintenant, ce ne sont plus les grands départs, je crois que notre vie se finira ici. Il est plutôt question d’aventures au jour le jour. Parce que la vie dans une EHPAD n’est pas quelque chose d’évident. Sans être aussi lointain que l’Afrique, c’est quand même très dépaysant. C’est un autre monde, que Georges a appris à connaître en tant que malade, et que moi, je suis appelée à connaître en tant qu’épouse d’un malade. C’est une aventure nouvelle qu’on apprend à vivre avec les frères des Bleuets pas loin, et nos enfants, notre famille, qui sont très présents et nous entourent.
»

Georges participe à la conversation : « La vie à Banga Bola… Avec tout ce qui existait…On s’est mis dans le bain ». Après un silence, Brigitte rebondit : « Oui, toi tu parles de Banga Bola. C’est vrai que ça y ressemble.

En fait, à Banga Bola, on était obligé de s’insérer dans un monde qu’on ne connaissait pas et on se sentait très vulnérable, très démuni. Parce qu’ils étaient différents de nous : le pays et les habitants étaient différents. Il fallait tout découvrir. A Banga bola, on se sentait à la fois pauvre et riche : pauvre dans la relation, parce qu’il fallait apprendre à se connaître et riche de notre savoir médical, fraternel.

Ici c’est aussi un monde inconnu, le monde de la maladie, le monde du grand âge. Je crois que je suis la plus jeune ici, j’ai 83 ans. … Un monde qu’on ne connaissait pas. Et le fait d’être deux, en couple, vivant ensemble dans ce monde, c’est notre richesse.

En fait, il faut qu’on trouve tous les deux comment être dans ce monde, parce qu’on n’a pas le droit de se retirer constamment dans notre chambre en disant « C’est là qu’on est bien. » On mange avec eux. On chante avec eux. On fait de la gym avec eux. On entend leurs cris … (une femme centenaire appelle sa maman à longueur de journées). Je ne sais pas comment notre vie de couple est ressentie. Il y a très peu de couples dans la maison. Tous les autres sont seuls. Donc, il ne faut pas que notre couple soit trop à part.

Au fond, je me sens riche et je me sens pauvre. Je suis riche de tout ce qu’on a appris par notre vie ensemble, notre famille, par les frères, par la connaissance de l’Esprit-Saint. Tout ça, c’est notre richesse. Et d’un autre côté, on est pauvre parce qu’on n’est pas d’ici. La plupart des gens ici sont natifs d’ici. Très peu connaissent même Lyon. Mais il faut apprendre à rentrer dans leur monde.

Et l’Esprit Saint a été là, justement, pour nous ouvrir à un autre monde.

Au fond, à chaque fois, c’est la même démarche. Quand on est arrivé au foyer Victor Hugo, c’était un monde de jeunes travailleuses, qu’on ne connaissait pas. Ensuite, l’Afrique, c’était un monde qu’on ne connaissait pas et qu’il fallait apprendre à connaître. Et l’Esprit Saint a été là, justement, pour nous ouvrir à un autre monde. Je réalise que, grâce à l’Esprit Saint dans notre vie, on a été obligé à chaque fois d’ouvrir des portes nouvelles.

Oui, c’est un peu cette notion de porte à pousser. Pour passer comme des sas. Mais l’Esprit Saint est toujours là. Tous les deux, on fait très souvent appel à l’Esprit Saint. On chante, on prie. Et ça nous aide beaucoup pour les petites et les grandes décisions à prendre.

La suite est dans Sa main… »

Propos recueillis par P. Paté

Cet article fait partie du numéro 79 de la revue FOI

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décembre 2023-janvier-février 2024

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