Marie-Pascale Tabouy

mariée, médecin, ccn, Chartres

« Les derniers seront les premiers »

Une famille réunie

Marie-Pascale et Philippe, tous deux médecins en France, se rendent régulièrement à Kinshasa (RDC), en appui de la mission de la Communauté. Ils sont revenus de leur dernier voyage avec une perle nommée « Précieuse ».

Il y a environ huit ans, au centre de santé de Mobengui à Kinshasa, une maman m’a amené sa petite fille d’un an qui souffrait d’une hypotonie généralisée. La petite Précieuse était toute molle et incapable de bouger un bras ou une jambe, de tourner la tête ou d’émettre un son. Je promets alors à la maman de mettre un transat dans le prochain container afin d’éviter les escarres. Lors de notre séjour suivant à Kinshasa, je demande à l’infirmière Maman Patricia de contacter la maman de Précieuse pour lui donner le transat. Et j’ai vu arriver la petite fille avec son grand frère Amram, âgé d’environ 15 ans, qui m’a annoncé le décès de leur maman. Amram aimait beaucoup sa petite sœur mais se demandait comment il allait pouvoir s’en occuper. Précieuse avait des escarres et était malnutrie.

J’ai alors écrit une demande d’admission chez les sœurs de Mère Teresa à Limeté, malgré les paroles décourageantes que j’entendais, absence de place, grand nombre d’enfants handicapés… A notre séjour suivant, j’ai revu Amram, qui m’a donné des bonnes nouvelles de sa sœur : elle était chez les sœurs et allait bien !! Il y a trois ans, avec notre sœur de Communauté Seraphine Iyenga, nous sommes allées chez les sœurs de Mère Teresa. Nous y avons retrouvé Précieuse en fauteuil roulant ne parlant ni ne marchant, mais souriante, expressive, capable de ramper par terre, de grimper dans son lit, rayonnante. La maman qui s’en occupait plus spécialement nous a même dit : « Elle est intelligente, vous savez ! ».

A notre séjour suivant, nous y sommes retournés et Précieuse nous a reconnus.

Mais, la sœur nous a dit que personne ne venait jamais la voir. Je travaillais cette année-là au dispensaire des enfants de la rue, avec l’infirmière Marie Noëlle. Amram est venu me voir un matin alors que je m’occupais d’un garçon nommé Junior, un petit terrible qui était dans notre bureau avec deux de ses copains. J’ai alors montré la vidéo de sa sœur à Amram ; tout le monde l’a regardée et s’est mis à pleurer, touché par la joie de vivre de Précieuse. Amram nous a alors annoncé qu’il avait eu son diplôme de fin d’études et là tout le monde dans le dispensaire a applaudi. C’était le Royaume de Dieu où les plus pauvres et les plus solitaires se rejoignent pour être frères et sœurs ensemble.

Lorsque j’ai demandé à Amram pourquoi il n’allait pas voir sa sœur, il me répondit: « J’ai peur qu’on me demande de la ramener avec moi ». J’ai pu le rassurer : Précieuse est trop handicapée pour qu’on lui demande cela. Cette année, en mai dernier, Amram est revenu me voir au dispensaire, là je lui ai dit qu’on pensait aller voir sa sœur, il m’a alors demandé s’il pouvait venir avec nous.

Nous sommes donc partis tous les quatre, Séraphine, Philippe, Amram et moi à Limeté. Là, Précieuse a bien reconnu Amram et tous les deux se sont mis à pleurer, accompagnés par nous trois et la religieuse. Cela attira les autres enfants du centre, et ces retrouvailles ont touché le cœur de tous.

C’était le samedi de Pentecôte, l’Esprit Saint avait réuni une famille. Précieuse, qui n’était connue qu’avec son prénom, a désormais un frère qui vient la voir tous les dimanches à 15 heures afin de recréer leurs liens fraternels.

A. C.

Cet article fait partie du numéro 78 de la revue FOI

LE CHEMIN NEUF FÊTE SES 50 ANS

septembre-octobre-novembre 2023

Regard sur le monde   Vie de la Communauté  

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