Jean-Pierre Carré

Communion du Chemin Neuf, Niort

Migr'action 79, une association au service des jeunes migrants

Une histoire d’accompagnement

Chrétien engagé, J. Pierre Carré est membre de l'association Migr'action79, laquelle réunit des personnes d'horizons très variés, mais engagées au titre d'un même refus, celui d'une situation jugée inacceptable. Au départ un collectif, Migr'action 79 soutient particulièrement les jeunes migrants dans la région de Niort.

De nombreux jeunes migrants arrivaient sur Niort, mis à l’abri dans des hôtels, en attente d’évaluation de la part des services de l’Aide Sociale à l’Enfance débordés par cet afflux nouveau de jeunes en provenance essentiellement de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afghanistan. Nous étions tous révoltés devant cette forme d’abandon inhumain et prêts à retrousser nos manches pour améliorer cette situation mais sans bien savoir comment faire individuellement.

En 2017, donc, il y a eu une forte mobilisation face à cette réalité. Pour ma part, j’ai été alerté par le Pasteur de l’Eglise baptiste, d’autres l’ont été par de nombreux canaux très divers. La convergence des bonnes volontés mobilisées s’est traduite par une réunion d’information et de coordination regroupant environ soixante dix personnes en lien avec des organismes locaux qui sont toujours nos partenaires aujourd’hui. Dans les réseaux caritatifs et religieux : le Secours Catholique et Secours populaire, la CIMADE, des membres des Eglises baptiste, protestante unie et catholique, Venant du réseau politique, divers participants des partis de la gauche et de la droite locale, ansi que des professionnels de l’aide sociale à l’enfance.

A l’issue de cette réunion, un collectif est mis en place avec des pôles d’intervention concrète. Coordonné par le tout nouveau service du Conseil départemental _ la Mission MNA (Mineurs Non Accompagnés) formée de jeunes éducatrices très professionnelles et très motivées_ le collectif est déjà organisé autour des besoins de ces jeunes et vise à leur permettre d’entrer dans un projet de vie devant les conduire à l’autonomie et à l’insertion. Nous souhaitons, tous ensemble, tout faire pour permettre à ces jeunes migrants de parvenir à grandir sereinement et à s’intégrer en tant que jeunes adultes citoyens en France. On parle déjà très concrètement de pouvoir se loger, se former, vivre.

A cette période, nous avons ainsi accueilli plusieurs centaines de jeunes migrants. Notre horizon s’est élargi lors de nos rencontres et à leur fréquentation , nous donnant à découvrir des pans de leur histoire, leur pays d’origine, leur parcours et ses dangers, leurs souffrances, leur envie de vivre et de s’en sortir courageusement, leur solidarité dans l’infortune. Le Conseil Départemental s’organise…, les évaluations commencent à prendre un cours régulier, et au bout d’une année, c’est la sous-traitance des activités de la mission MNA par un service spécialisé, puis la fermeture de la mission MNA et de très nombreux jeunes déboutés de minorité.

Lors d’une rencontre avec des jeunes majeurs

Face à cette situation nouvelle, le collectif ne suffit plus et des réunions de bénévoles permettent de se structurer différemment à côté et non plus avec le Conseil Départemental , dont la majorité ne supporte pas que l’on puisse soutenir les jeunes déboutés de leur minorité. La forme associative est obtenue et publiée au Journal Officiel le samedi 28 avril 2018.

Depuis , deux missions importantes sont venues compléter celle des pôles initiaux, avec l’orientation vers l’accès au droit, d’une part, et une mission jeunes majeurs d’autre part. Ainsi, nous avons accompagné de nombreux jeunes qui ont pu faire valoir avec succès leur minorité et être ainsi réintégrés dans le dispositif départemental. Nous avons partagé avec eux leurs inquiétudes, leur tristesse de ne pas être crus par les évaluateurs -(rices), leur espérance, qu’enfin on leur ferait justice. Pour d’autres, « à crève coeur » , il nous a fallu leur conseiller d’aller tenter leur chance ailleurs, car la situation était devenue intenable et risquée pour eux.

Les procédures sont longues et il faut alors prendre en compte l’ hébergement de ces jeunes en recours grâce à un réseau d’environ 70 bénévoles animés par un groupe de référents qui ont en charge la relation entre les jeunes et les hébergeants, les établissements de scolarisation ou de formation, les patrons d’apprentissage et le CFA etc. Ils sont environ un flux permanent d’une bonne vingtaine pour lesquels il faut, outre les besoins fondamentaux, assurer un appui administratif et juridique pour rassembler les pièces officielles d’état civil, de carte consulaire, de passeport etc. en lien avec leur pays d’origine, les consulat et ambassade.

Quelques un(es) d’entre nous ont ainsi développé une expertise en proximité avec les avocats qui soutiennent les démarches de ces jeunes. Je ne vous cache pas la joie quand on a gagné ou que l’on a trouvé un nouveau moyen, une nouvelle méthode , à mettre en oeuvre pour que cela avance dans le bon sens. Cela ne va pas non plus sans stress et nous connaissons la pression des situations d’urgence.

Pour ce qui est des jeunes majeurs, il s’agit d’anticiper la sortie des jeunes pris en charge par l’ASE et qui vont sortir du dispositif de protection dès leurs 18 ans, et ce, parfois de manière très brutale, notamment pour ceux qui ont fait l’objet d’une réintégration évoquée ci-dessus. C’est la mise à la rue du jour au lendemain. Si possible, il faut avoir assuré le logement, la formation ou le travail rémunéré permettant l’autonomie, l’accueil autour d’activités culturelles et sportives grâce à un réseau actif de bénévoles et d’organismes spécialisés répondant à leurs différents besoins.

Dernières et nouvelles tâches : rechercher des soutiens notamment financiers, par la recherche de subventions, des cagnottes sur internet, des manifestations ludiques et culturelles etc. Une activité prenante demandant aussi un vrai engagement.

Il y a donc toujours à faire vivre une solidarité entre les membres de l’association provenant d’horizons très divers et de sensibilités très variées tant politiques, que sociales ou religieuses. Cette solidarité doit être inventive et prendre des formes différentes, en fonction de l’évolution des besoins des jeunes. Nous essayons de la faire en bureau et en assemblée générale. Migr’action79 est donc une jeune association assez originale et créative de par ses membres, dont certains jeunes migrants eux mêmes, et toujours au service du même objectif: accompagner des jeunes migrants en vue de soutenir leur formation et leur insertion en tant que jeunes adultes autonomes. J.P.C.

Cet article fait partie du numéro 64 de la revue FOI

Sicile, terre d’accueil

n°64 mars-avril-mai 2020

Formation Chretienne  

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