Jean-Pierre Truchot

marié, père de famille, ccn, Strasbourg

1 juin 2021

Rando Père-Fils en raquettes

Une relation nouvelle

Il arrive que la relation entre les parents et leur enfant nécessite de prendre des temps "privilégiés". Proposés par l'agence Ephata, les randos-raquette offrent ainsi aux pères et aux fils un cadre de rencontre et d'activité commune qui construit ou renouvelle leur relation et leur complicité

La Parole de Dieu est centrale dans ma vie, et depuis l’accueil de chacun de nos enfants, j’ai expérimenté combien elle prenait chair dans ma relation de père. Alors que notre aînée, Anne-Claire, était encore petite, j’ai entendu l’enseignement d’un pasteur qui encourageait à accueillir la parole que le Père fait entendre au moment du Baptême de Jésus : « C’est toi mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour ». Et à prononcer cette parole régulièrement sur chacun de ses enfants. J’ai été interpellé par cet encouragement et depuis lors, sur chacun de mes quatre enfants, j’ai régulièrement prononcé le soir, avant le coucher, cette parole en leur disant : « Tu es mon fils (ma fille) bien aimé(e) en qui j’ai mis toute mon affection ». Durant l’adolescence, j’ai continué à prononcer cette parole sur eux.

Nombreuses sont les réactions et paroles qui ont jailli de mes enfants après cette phrase, tout au long des années : du sourire à l’agacement, de la paix au doute, de la réconciliation, et tant d’autres encore. J’ai senti combien cela me déplaçait de voir en eux, en premier, la merveille de l’enfant de Dieu qu’ils sont. Et cela m’a aidé à recevoir de Dieu cette paternité que j’exerce avec tant de limites.

Clément, notre plus jeune enfant, était adolescent lorsque les trois aînés ont quitté le nid familial et mon engagement soutenu dans ma vie professionnelle ne m’a pas permis de toujours être bien présent à ses côtés. Ce qui n’a pas manqué de créer des tensions, en plus de celles liées tout simplement à cet âge merveilleux de l’adolescence. Je ressentais le besoin de prendre un moment exclusif avec lui qui soit simplement pour nous deux, dans un cadre privilégié.

Autour de l’Ascension 2018, lors de vacances en montagne en famille avec Clément, un clignotant s’est éclairé. Je suis parti seul un matin faire une randonnée en montagne, et au retour, alors que je décrivais la beauté qui m’avait saisi, Clément m’a demandé de refaire cette marche avec moi. Le lendemain matin, à 6h30, nous étions au départ de la randonnée. Au coeur de notre effort, nous avons passé un temps de paix et de dialogue simple. A la sortie de l’été, j’ai osé proposer à Clément cinq jours originaux de randonnée en raquette père-fils, animés par le Chemin Neuf, en Suisse centrale. Il était bien partant, mais les dates ne collaient pas avec ses vacances scolaires. C’était l’année de son bac… Nous avons décidé de présenter cette démarche à son professeur principal, qui nous a donné très rapidement son avis favorable, encourageant cette expérience qu’il pensait importante pour Clément et pour moi. Cette réponse a été importante pour nous deux car elle nous a permis chacun à notre façon, de renforcer positivement notre attente de ce moment. Et pourtant, notre relation n’était pas simple à cette période et nous amenait régulièrement à des oppositions assez fortes. Cependant, j’ai été pris du doute que Clément ne renonce au dernier moment, mais je pense qu’il aspirait lui aussi vraiment à ce moment.

Donc, en février 2019, j’ai pu vivre avec Clément les cinq jours de randonnée Père-Fils, en montagne, en raquette, dans des paysages à vous redonner le souffle ! Joie de vivre ce moment avec d’autres binômes père-fils, chacun différent par son histoire, mais avec le seul désir de faire du bien à notre relation entre père et fils. Dès le début, j’ai eu l’occasion de rendre grâce pour ces jours qui commençaient pour nous, et aussi de demander pardon pour mon doute qui polluait ma conviction profonde du bien-fondé de ce temps. La bienveillance des animateurs, la douceur du lieu dans la maison de Béthanien, les espaces de détente et le miracle de la fraternité qui s’opère, la nourriture intérieure donnée généreusement, nous ont permis d’entrer dans un dialogue à deux. L’alternance de temps en groupe et de temps à deux permettait un réel équilibre et un bon espace de respiration pour chacun.

Durant la marche à deux, en chaussures et en raquettes, nous avons appris à respecter le rythme de l’autre et à nous aider pour maintenir l’effort, sans enjeu, avec seulement le choix de rester ensemble. Et le dialogue s’est peu à peu installé entre nous, dans la liberté. Parce que nous avons accepté de nous écouter. J’ai réalisé à quel point Clément avait une crainte de vivre ces jours avec moi, du fait de la distance qui s’était installée entre nous, tant par nos conflits que par ma vie professionnelle.

Des moments extraordinaires ont jailli, dans ces échanges où nous avons pu nous dire nos limites et nos espoirs mutuels

Des moments extraordinaires ont jailli, dans ces échanges où nous avons pu nous dire nos limites et nos espoirs mutuels : Clément qui prend spontanément le temps de rattacher ma raquette qui s’était détachée, je prends sur moi les affaires de Clément alors qu’il traverse un moment de fatigue, des mots simples où j’ai ressenti tout cet amour de Dieu Père qui fait de nous, de Clément comme de moi, des fils bien aimés. Entre nous, une relation nouvelle est née, qui a fait grandir notre fierté réciproque, et qui mystérieusement perdure depuis. C’est bien de l’oeuvre de Dieu dont j’ai été témoin et premier bénéficiaire de cette gratuité à mon égard. L’année suivante, j’ai désiré me mettre au service de ces duos père-fils pour rendre le cadeau que j’avais reçu. Souvent, durant les marches, je me trouvais en fin de la file qui s’étirait et j’observais chaque binôme comme un grain d’un chapelet de prière où la terre s’adresse au ciel et où le ciel descend sur la terre. Que de joie à voir ces visages transformés après ces quelques jours. Certains pères viennent en y ayant invité leur fils, mais il arrive aussi que certains fils viennent en y ayant invité leur père. Il n’est jamais trop tard pour enrichir cette relation père-fils. Car rien n’est impossible à Dieu, et il est impossible que ne se réalise pas de la part de Dieu toute parole. Lc 1,37

https://ephata.chemin-neuf.fr/ proposition/suisse-rando-raquettes-pere-fils/

Cet article fait partie du numéro 69 de la revue FOI

St Joseph, un modèle masculin?

juin-juillet-août 2021

Formation Chretienne  

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