La conversion n’est-elle pas ce moment où l’on reconnaît qu’on ne se suffit pas à soi-même, que l’on a besoin des autres et de Dieu ? Suivre le parcours de la reconnaissance, c’est poursuivre le chemin de la communion, en faisant « les œuvres de Dieu » et non pas « les œuvres pour Dieu » 

Le contexte de la mission à Cocody

Le foyer des jeunes travailleuses à Cocody a été, pendant plus de trente ans, un lieu d’accueil pour de nombreuses jeunes femmes venant de diverses régions de Côte d’Ivoire et d’Afrique. Cet espace, à la fois familial et spirituel, a permis de répondre à des besoins urgents de logement, de formation et d’accompagnement pastoral. Pour notre communauté, il ne s’agissait pas simplement d’un lieu physique, mais d’une mission ancrée dans le service et la transmission des valeurs chrétiennes.
L’annonce récente de l’archevêché, nous demandant de quitter ce foyer pour redéployer notre mission ailleurs, a été reçue avec beaucoup de tristesse et de questionnement. Ce départ imminent, perçu comme une épreuve et un saut dans l’inconnu, a suscité de nombreuses interrogations au sein de la communauté. Comment accepter un tel changement ?

Pour notre communauté, il ne s’agissait pas simplement d’un lieu physique, mais d’une mission ancrée dans le service et la transmission des valeurs chrétiennes.

Où allons-nous poursuivre notre mission ? Quel est le prochain pas que Dieu nous invite à faire ? Ces questions ont motivé un temps de discernement spirituel profond.

Discernement communautaire

Au cours de la semaine communautaire de cet été, la communauté a été une fois de plus mobilisée pour entrer dans un processus d’écoute et de discernement, dans un cadre plus large des réflexions sur le redéploiement missionnaire par le Conseil de communauté. Ce cheminement a impliqué des temps de prière, de partage fraternel, et de réflexion autour de la Parole de Dieu. Dans Jean 17, 20-27, Jésus prie pour l’unité de ses disciples. Cette prière nous a inspirés à cultiver une unité encore plus forte au sein de la communauté, surtout face à l’incertitude. Nous avons ressenti un appel à la cohésion, à l’écoute mutuelle, pour que chaque membre de la communauté puisse exprimer ses préoccupations, ses ressentis, et ses intuitions.

L’un des moments les plus marquants de notre discernement a été le « temps de désert » que nous avons vécu au début de notre semaine communautaire. Ce moment de solitude et de silence a permis à chacun de descendre en soi et de se mettre à l’écoute de Dieu. Le texte d’Aggée 2, 5-9 est venu renforcer cette idée : « Mon Esprit demeure au milieu de vous, ne craignez pas. » Dieu promet que sa gloire future sera plus grande que celle du passé. Ce texte est une source de réconfort pour nous, car il nous assure que, malgré l’incertitude de ce nouveau chemin, l’Esprit Saint sera à nos côtés, nous guidant pas à pas. C’est cette conviction qui nous a permis de rester dans la paix tout au long du processus de discernement.

Après plusieurs jours d’écoute et de réflexion, des propositions concrètes ont commencé à émerger. Il ne s’agissait plus simplement de se poser des questions sur notre départ, mais plutôt de réfléchir à comment nous pouvions redéployer notre mission. Les frères et sœurs ont proposé de nouvelles pistes : envisager un nouveau lieu d’accueil des frères et sœurs en fraternité de vie, nous investir davantage dans les lieux existant comme Tibériade et le Collège Enfant Jésus à Gagnoa, ou encore construire dans les lieux où nous avons des titres fonciers.

Ce texte est une source de réconfort pour nous, car il nous assure que, malgré l’incertitude de ce nouveau chemin, l’Esprit Saint sera à nos côtés, nous guidant pas à pas.

A l’écoute de la Parole de Dieu

Pendant nos assemblées de prière et nos temps communautaires, plusieurs passages bibliques ont été reçus et partagés pour nous guider dans notre discernement. Ces textes ont agi comme des phares, éclairant nos doutes et nous aidant à comprendre la volonté de Dieu pour nous. Parmi d’autres, en voici trois qui nous ont ouvert un chemin.

Vers de Nouveaux Horizons

Le processus de discernement que nous avons vécu en tant que communauté a eu pour effet de renforcer notre foi et clarifier notre vision pour l’avenir. La Parole de Dieu, les prières partagées, et les images reçues nous ont guidés tout au long de ce chemin. Nous avons compris que notre mission à Cocody, bien que terminée sous une certaine forme, continue à travers les fruits portés et les nouvelles opportunités qui s’ouvrent à nous.

Nous avons compris que notre mission à Cocody, bien que terminée sous une certaine forme, continue à travers les fruits portés et les nouvelles opportunités qui s’ouvrent à nous.

Le Seigneur nous invite à rester ouverts à sa voix et à avancer avec confiance. Ce départ est en réalité une transition vers une mission plus vaste, où nous serons appelés à semer, à arroser et à récolter dans d’autres champs. Que l’Esprit Saint continue de nous précéder et de nous guider, tout comme la colonne de nuée conduisait le peuple d’Israël dans le désert. Nous avons foi que la mission à laquelle nous sommes appelés portera de nombreux fruits pour la Côte d’Ivoire et au-delà. Nous voulons rendre grâce pour tout ce que le Seigneur nous a déjà accordé. Les passages bibliques et les images reçues pendant nos prières communautaires continueront de nourrir notre foi et de guider nos décisions futures. Nous avançons avec la certitude que Dieu est avec nous, et que les fruits de notre mission porteront témoignage de son amour et de sa fidélité. 

A. B. G.

« Ce n’est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné,
mais un esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi »
2 Timothée 1, 6-7

Interview

FOI : Quelle est l’origine de la Société de Marie ?

B. T. : La première étape est celle de la découverte du charisme par le fondateur, Jean-Claude Colin, qui était prêtre, et ses compagnons. En 1816, « la promesse » de Fourvière, la décision de créer une société, une congrégation dédiée à Marie, ce qui était tout à fait nécessaire dans le moment où se situait l’Eglise après la Révolution. Jean-Claude Colin, qui n’était pas révolutionnaire, a eu une conscience très vive qu’il fallait refonder l’Eglise. Voici ce qu’il disait, à l’époque : « La société de Marie doit recommencer une nouvelle Eglise. Je n’entends pas me servir de cette expression dans le sens littéral qu’elle of fre, ce serait impie. Mais en quelque sorte, oui, nous devons recommencer une nouvelle Eglise. Notre modèle, notre seul modèle, c’est celui de la primitive Eglise. Et imitons notre mère », et ensuite, il parle de Marie. Donc c’était le charisme que Colin a découvert au fur et à mesure de ses engagements : refonder l’Eglise en s’inspirant de l’Eglise primitive.
Ce charisme, il l’a reçu dans les premières missions qui lui ont été confiées. Il était jeune, il n’avait pas 30 ans, dans les montagnes du Bugey, où il était avec son frère et un autre Mariste. Il a découvert ce que voulait dire la mission dans la vision mariste. L’évêque lui a imposé de prendre une école, il ne le voulait pas, il a accepté par obéissance. Il a découvert ce que voulait dire le charisme en éducation. Il a trouvé des mots pour le dire. Et tout cela a profondément marqué la Congrégation.

FOI : Comment s’achève cette première étape de découverte du charisme du fondateur ?

Jean-Claude Colin, fondateur de la Société de Marie

B. T. : La dernière étape de ce premier parcours est 1836, c’est-à- dire 20 ans après le début. La Congrégation a été reconnue par Rome parce que Colin avait accepté de partir en Océanie. Pour Colin, c’était évidemment aller rejoindre les gens là où ils étaient. Ils étaient loin de la foi, loin du monde, loin des préoccupations de l’Eglise, il fallait y aller.
Colin a récusé le ministère traditionnel des paroisses : la Congrégation des Maristes n’est pas faite pour être là où l’Eglise est instituée, mais là où l’Église est à instituer ou à faire naître. C’est aussi pour cela que nous n’avons pas beaucoup de ministères paroissiens, au moins en France.
Le moment emblématique pour la deuxième étape, c’est 1854. Colin était supérieur général depuis de nombreuses années, il avait fortifié, géré la Congrégation, suivi les missionnaires en Océanie. En 1854, il passe la main à un autre supérieur général qui s’appelait Julien Favre. C’était un homme plutôt administratif et organisateur. Après le fondateur, il y a eu le gestionnaire. Ce deuxième supérieur général, qui a reconnu le don du fondateur, lui a demandé de rédiger des Constitutions. Et entre 1854 et 1872, donc pendant 20 ans, Jean-Claude Colin a écrit les Constitutions. Elles ont été adoptées par la Congrégation en 1872-73 et ont été soumises à Rome. Admises par Rome 40 ans après la reconnais- sance de la Congrégation, elles ont servi jusqu’en 1988, donc pendant plus de 100 ans.

FOI : On passe alors du charisme spécifiquement reçu, incarné par Colin, à un charisme qui est plus général et partagé et forma- lisé à travers un texte, des Constitutions et une Congrégation.

B.T. : Tout à fait. Il faut aussi dire que à quel point la vie en société et la vie ecclésiale ont évolué pendant le XIXe siècle. D’un côté une Eglise plutôt restauratrice, et, de l’autre, des catholiques qui cherchaient à faire rencontrer l’Eglise et la vie sociale. C’est, par exemple, le mouvement lyonnais avec Pauline Jaricot. A ce moment-là (1854), le développement de la Congrégation s’est accéléré, avec la création de plusieurs collèges : La Seyne, Saint- Chamond, La Cordeille, Bury, Riom, Montluçon… Il a fallu alors s’adapter aux conditions de la mission qui évoluaient.
Deux caractéristiques marquent cette époque. Colin était alors très soucieux que les Maristes vivent une vie communautaire, même petite. A l’inverse, l’évêque qui était nommé par Rome pour s’occuper du territoire des îles, était prêt à disséminer les religieux dans toutes les îles d’Océanie. Il y a eu un conflit entre cet évêque et Colin qui avait le souci de la vie spirituelle et communautaire des missionnaires. Donc, il mettait un frère avec un père et, entre eux, Ils cherchaient eux-mêmes à se relier les uns aux autres.

La deuxième caractéristique de cette phase de développement a quelque chose à voir avec la créativité. On trouve cela dans les lettres des missionnaires maristes. Elles montrent comment les Maristes ont eu à s’adapter à ce monde étranger pour eux, dont ils ne connaissaient pas la langue, dont ils avaient découvert les rites, les repères spirituels. Il fallait trouver les mots de l’Evangile pour ça, inventer. Comment rencontrer ces gens et leur faire découvrir que Dieu les aimait ? La figure de Pierre Chanel a été très symbo- lique de cette prise de conscience. On l’appelait : « L’homme au grand cœur ». Il s’est engagé pour l’humain. Il a dénoncé parfois, mais jamais de manière violente, les conditions de vie des per- sonnes qu’il rencontrait. Il était considéré comme un doux. Sa manière de rencontrer les gens, de commencer par les soigner, faire la paix, c’est exactement la mission selon l’Evangile. Ce sont les disciples qui partent deux par deux, à la demande de Jésus : « Quand vous entrez dans une maison, dites : « La paix sera dans cette maison », dites : « Le royaume de Dieu est parmi vous » ».

FOI : Concernant cette étape de développement, aimeriez-vous ajouter quelque chose ?

B. T. : Je dirais deux mots en plus du développement : le premier c’est « approfondissement ». Approfondissement, aussi bien dans l’appropriation du charisme de Colin qui se traduit dans la rédaction des Constitutions par Colin et l’adoption de ces Constitutions par le chapitre général en 1872. Mais je voudrais aussi mettre quelque chose de moins positif : une trop grande primauté donnée alors à l’institutionnalisation. Avec la tentation de perdre les éléments forts du charisme, la tentation de l’adaptation.

Propos recueillis par Florent Nouschi

Nous sommes responsables de notre couleur

DIamant Bleau

« Il m’est venu un jour une image que je réemploie de temps en temps parce qu’elle est pour moi parlante, de ce qu’on est en train de dire. Je dis, imaginez un diamant. Un diamant qui est composé d’un tas de facettes. Ce diamant, c’est l’Église. Ce que devrait être l’Église. Alors évidemment, les facettes ne sont pas toujours dépolies, il y a du travail à faire pour que la lumière passe. Mais bon, c’est un diamant. La lumière, qui est l’Évangile, entre dans ce diamant. Et elle se difracte dans toutes les facettes. Et chacune a sa couleur propre. Chacune a une couleur d’Évangile qui lui est propre, qui est sa responsabilité. Toutes les autres existent aussi. Elles sont nécessaires. Mais nous sommes responsables de notre couleur. »

Bernard Thomasset

Olivier Duplessis family

Depuis tant d’années en mission avec la Communauté, j’ai vécu bien entendu de nombreux services enfants et j’ai fait progressivement plusieurs constatations.
Je n’ai jamais supporté ‘‘faire de la garderie’’, comme laisser jouer les enfants dans leur coin pour prendre du temps entre serviteurs. J’avais plus particulièrement une accointance pour l’animation des 3-5 ans, tranche d’âge où je foisonne d’idées d’activités spirituelles et où tout me paraît léger : n’est-ce pas le signe que « c’est donné », comme un cadeau de Dieu ?

J’ai toujours eu conscience que prendre soin des enfants qui me sont confiés, c’est prendre soin de leur corps, leur âme et leur es- prit. Il me paraissait naturel d’équilibrer les temps de jeux avec des temps spirituels (prière d’alliance, louange, danse…), des temps interrelationnels avec des rituels (les goûters, la marche, pause toilettes, temps de service pour les plus grands) qui sont tout autant bons et importants.

Ce service m’a toujours demandé une réelle préparation en amont, et pour vivre ce service comme une richesse, les « serviteurs enfants » ont également besoin d’être préparés. A quoi ? A être enseignés par la joie et la spontanéité de ces enfants, par leur simplicité et faire l’expérience de la confiance, l’indispensable abandon à ce que l’Esprit Saint inspire dans le réel des situations… Le service auprès des enfants (des autres) est une véritable école à la vie dans l’Esprit…

Alors comment faire pour passer du stade « s’occuper des enfants » ou « occuper les enfants » à « l’évangélisation des enfants » ?

Il n’y aucune voie tracée d’avance, autre que celle de rester à l’écoute de l’Esprit et de ce que Dieu veut donner à ces enfants et ce que Dieu veut me donner à travers eux. Voici quand même quelques convictions à partager.

Le Seigneur peut parler directement aux enfants (1 Samuel 3, 3-10), mais Il passe également par nous, les serviteurs, comme Il passe par ces enfants pour nous enseigner.

Un métier exercé auprès des enfants, n’est pas une condition préalable ou indispensable pour être un serviteur/ responsable enfants. L’objectif n’est pas de « savoir animer » un groupe d’enfants, mais de se préparer à se mettre à leur hauteur, à jouer avec eux, prendre plaisir aux temps proposés, entrer dans les joies ou les peines partagées par ces enfants qui nous sont confiés.

Si le Seigneur « m’appelle » avec insistance à ce service ou à une responsabilité auprès des enfants, c’est qu’Il peut m’en donner la capacité. Encore faut-il Lui demander Sa vision des choses et Son projet pour ces enfants. Dieu ne choisit pas forcément ceux qui sont qualifiés, mais Il qualifie toujours ceux qu’Il appelle…(1 Samuel 16 :7). Nous ne sommes pas seuls dans ce service et nous pouvons peut-être demander un accompagnement particulier par des frères ou sœurs expérimentés pour répondre à cet appel de l’Esprit.

Je reste encore à ce jour frappé du choix des scénaristes dans la saison 1 de « The Chosen » à montrer que les tout premiers disciples de Jésus n’étaient pas les 12…, mais les enfants, avec qui Jésus, tout en faisant avec eux du bricolage, leur enseignait les psaumes et la prière, les écoutait et répondait à leurs questions. N’est-ce pas ce que nous souhaitons mettre en place dans nos sessions ?

J’ai enfin expérimenté que les parents sont véritablement évangélisés par la joie que vivent leurs enfants dans nos sessions. Partager aux parents ce que l’on perçoit de leurs enfants les touche profondément et leur permet de prendre de la hauteur et même parfois les aide à renouveler leurs relations personnelles avec cet enfant. Combien de familles enfermées dans un combat spirituel sont restées fidèles à leurs engagements grâce à leurs enfants, déterminés eux, à poursuivre le chemin de vie proposé.

Un don ou un charisme a toujours besoin de grandir et pour cela il faut de la bonne terre nous dit l’évangile (Mt 13,23).

Pour ma part, j’ai eu la grâce d’avoir sur mon chemin des frères et sœurs responsables pour qui ce service était de premier plan. Ils ont pris soin de moi pour m’aider « à dire » et mettre en place ce que je portais (ou ce que l’Esprit Saint me mettait à cœur). Dans plusieurs parcours Emmaüs, j’ai ainsi reçu « la vision » d’un projet pédagogique pour les enfants, tout en prenant soin d’accompagner les serviteurs à entrer dans ce projet afin de l’enrichir. J’ai également bénéficié de l’écoute de responsables de session qui ont été « des facilitateurs » dans la mise en place du projet reçu. N’est-ce pas l’illustration de la mise en pratique d’une parole de Jésus qui dit à ses disciples « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas ». Il les prenait dans ses bras et les bénissait en leur imposant les mains. (Mc 10, 14-16)

Finalement, être au service de ces enfants ne devrait-il pas nous rappeler sans cesse notre dépendance permanente, notre propre vulnérabilité et surtout notre filiation de Fils et Fille de Dieu qui nous replace dans la vision initiale du Père ?

O.D.

équipe Nt for God

Sera ainsi proposé, chaque mois, un kit d’animation d’une soirée Net for God comprenant un film (documentaire, témoignage ou enseignement) sur ce thème de la fragilité. Les supports sont accessibles en ligne sur la plate-forme Chemin Neuf Media.

L’ambition de cette année est bien de susciter un chœur d’Ambassadeurs du Christ afin de porter une Bonne Nouvelle et d’annoncer une année de grâce et de bienfaits au sein de la mission Net for God, selon la parole d’Isaïe reprise par Jésus en Luc 4,18-21 :
« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé pro- clamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année d’accueil par le Seigneur. »

« …Alors il commença à leur dire : « Aujourd’hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l’entendez ». »

Le film proposé au mois d’octobre « J’ai pris la route » nous emmène à la rencontre des migrants dans le Nord de la France.

Pour retrouver la mission Net For God

mission et réseau de « monastère invisible » pour l’unité

Le journalisme, l’information, les médias ont toujours été une passion pour moi. J’ai réalisé mon premier journal familial à l’âge de neuf ans et cet intérêt pour les médias est resté très présent jusque dans mes études en école de commerce. Puis le Seigneur est venu frapper à ma porte et l’enjeu a été de répondre à une question plus profonde, celle de l’état de vie.

Quand j’ai dit oui avec une joie immense à l’appel à la vie consacrée et au sacerdoce, au sein de la communauté, il restait cette question ouverte du journalisme. Laurent Fabre, fondateur de la communauté, portait un grand intérêt à l’évangélisation par les médias et avait bien entendu ma question. Celle-ci était cependant passée au second plan, le plus important étant d’abord d’incarner l’appel que j’avais reçu. 

Nous étions en l’an 2000, l’année où avait été justement lancé, lors des JMJ de Rome, le réseau Net for God, pour créer un lien entre ces jeunes venus de tous les continents. J’y ai été parfois associé, notamment pour réaliser deux films en lien avec la Mission Jeunes, qui était la mission principale pour moi pendant mes premières années de vie communautaire et de formation à Lyon, Paris, Bonn… 
En prenant la suite de Valérie Bouchez en 2013, j’ai hérité d’une mission bien construite diffusant chaque mois des films traduits en 20 langues dans 65 pays.
Dès la première année, nous avons commencé à travailler sur un renouvellement de la mission en particulier dans la dimension du numérique, pour proposer peu à peu un réseau en ligne et pas seulement en présentiel. 

J’avais reçu un jour cette parole mystérieuse qui m’habitait : « Si tu ne changes pas de peau, tu vas mourir. » Le domaine des médias est un secteur en perpétuelle mutation, qui nécessite de s’adapter sans cesse aux innovations techniques et aux nouveaux usages des utilisateurs. 
Mais cette parole était aussi pour moi, même si je ne l’ai comprise que bien plus tard. Il faut que je transforme ma manière de faire, de me donner, sinon je risque d’être asphyxié par ce qui fait aussi mes qualités : la créativité, l’ouverture aux autres, l’engagement, mais sans mettre suffisamment de limites. 

Être capable de changer de peau, comme le serpent fait sa mue, c’est être agile pour transformer une mission, se réinventer. La mission Net for God a ceci de particulier qu’elle propose chaque mois ou presque un nouveau film, ce qui nécessite de travailler un contenu entièrement inédit. L’enjeu a donc été pour nous de mener une réflexion de fond sur la vision de Net for God, tout en produisant sans cesse de nouveaux contenus pour alimenter le réseau. 
Cette ouverture à l’Esprit Saint pour être prêt à créer du neuf, s’est concrétisée dès la première année avec le lancement de la Media School, une année de formation et de mission pour des jeunes de différents pays avec cette passion pour l’unité. C’est cet aspect de la formation dans le domaine des médias qui a été aussi décisive dans la décision de déménager Net for God de Lyon à Villeneuve d’Ascq. Ce n’était pas rien de quitter le berceau de la montée du Chemin Neuf. 

Mais en créant à la fois une agence de communication, Neuf Media, et une maison dédiée aux médias, en particulier pour aider des jeunes à se lancer dans leurs projets, nous répondions à notre appel missionnaire. 
J’ai aussi pu me former en journalisme, à 40 ans en faisant le master 2 de l’Institut de Journalisme Tous Médias (IJTM), ce qui m’a beaucoup aidé ensuite pour mieux concevoir et réaliser les films. C’était donc pour moi comme un nouveau commencement. Le Covid est ensuite arrivé et nous avons pu, avec les jeunes de la Media School et l’équipe Net for God, déployer un véritable média en ligne, les chaînes YouTube passant de 5 000 à 50 000 abonnés en quelques mois ! 

La Fondation avec d’autres de la Maison Neuf Media, avec de nombreux changements d’équipe dans les débuts, m’ont aussi impacté intérieurement avec, au milieu de tout cela, les périodes instables du Covid qui m’ont fragilisé. C’était aussi le passage par la crise de la quarantaine… 

J’avais l’impression d’être tout juste arrivé dans le Nord quand le supérieur de la communauté m’a annoncé un changement, une nouvelle mission. J’étais prêt à vivre une mission dans les médias jusqu’à la fin de ma vie, tant je l’avais reçu comme un appel dans l’appel et je m’étais identifié avec la mission Net for God. Je voyais aussi autour de moi que les religieux qui étaient dans les médias y consacraient toute leur vie ou presque ! Mais je sentais aussi qu’un changement serait bon et un problème de santé commençait à m’affecter. 
Je me suis alors rappelé que le premier appel était celui d’être prêtre religieux et que je n’étais pas rentré dans la communauté du Chemin Neuf à la condition d’être journaliste ! 

Je me suis alors rappelé que le premier appel était celui d’être prêtre religieux et que je n’étais pas rentré dans la communauté du Chemin Neuf à la condition d’être journaliste ! 

Cette dernière année a été l’occasion d’aller au bout du travail de vision pour Net for God, inséparable de celui qui était fait en amont sur la communication de la Communauté du Chemin Neuf pour bien articuler les deux. Cela nous a permis de voir que Net for God n’est pas d’abord un producteur de documentaires mais un réseau de prière, dont les films sont des supports.
Avec une vision claire, une nouvelle équipe peut se déployer sans dupliquer un fonctionnement qui a toujours été le même. Au fond, il s’agissait avant tout de transmettre un état d’esprit, une ligne éditoriale, une passion, celle pour l’unité et la réconciliation, avec un souci d’accompagner et de former des jeunes.
Le fait que plusieurs piliers de l’équipe continuent sur place m’a permis de lâcher en confiance. Enfin, une opération début mai m’a aidé à passer la main, à remettre la mission à d’autres. J’ai dû lâcher du jour au lendemain les projets en cours et la convalescence m’a fait prendre du recul. 

Après un an en paroisse et les nombreux apprentissages nécessaires pour être curé, je peux confirmer que « Dieu ne gâche rien » de ce qu’il a fait dans nos vies ! J’aspirais ainsi au fond de moi, dans ma dernière année à Net for God, à être davantage sur le terrain comme journaliste. J’ai trouvé à Levallois ce terrain concret où je suis amené à accompagner des personnes dans leurs histoires, heureuses ou douloureuses, au quotidien, qui me mettent au cœur des réalités du monde. Après dix ans où j’ai pu interviewer beaucoup de responsables d’églises chrétiennes du monde entier, j’ai la joie de vivre de très belles relations fraternelles avec les deux pasteurs de Levallois. J’ai enfin pu rencontrer plusieurs journalistes qui sont mes paroissiens et aller de manière totalement imprévue sur le plateau de France Info TV le Vendredi Saint pour être de « l’autre côté de la barrière » et témoigner de la joie d’accueillir les baptisés de Pâques. 

Je reste ouvert à ce que le Seigneur me montrera pour la suite, l’enjeu étant toujours d’annoncer son nom et communiquer auprès de ceux qui sont plus loin l’Évangile et la joie d’être aimé, sauvé par le Christ.

G. R. 

(…) L’itinéraire d’Ignace n’est pas linéaire, il apparaît plutôt, au fil des pages du Récit, comme l’axe d’une vis qui pénètre toujours plus loin dans l’épaisseur de l’inconnu donné à vivre. De renoncement en renoncement, de déplacement en déplacement, de décision en décision, à chaque étape l’enjeu est le même : la fidélité à l’Esprit de Dieu tel qu’il se manifeste en Jésus Christ. Conduit par un guide sûr à travers les complications d’un psychisme qui le mènent parfois aux frontières de la folie, le pèlerin trouve le chemin de l’amour trinitaire ; il entre dans le mouvement de la vie selon le Christ, lui qui a renoncé à son droit d’être traité à l’égal de Dieu pour se dépouiller lui-même (cf Ph 2, 6). 

En ce mouvement de fidélité à l’Esprit s’opère la découverte joyeuse que Dieu ne retire pas sans donner et que cela se joue à l’occasion de décisions quotidiennes. Accepter de lâcher prise et attendre, en paix et en patience, dans le creux laissé par ce qui a été lâché – le don gracieux, inattendu et pourtant désiré, que Dieu veut faire, et dont toute crispation du cœur ne peut que priver – revient à laisser Dieu se donner lui-même. Le renoncement douloureux à ce qui paraît bon et vrai pour tant de justes raisons, ce renoncement à l’apparence de la vérité, toujours prise pour la vérité elle-même, dans la mesure où il est consenti dans un acte de foi, ouvre à Dieu le champ d’une œuvre imprévisible et cependant préparée par la vigueur même de l’engagement d’Ignace. Comme un fruit mûr, elle se détache et tombe hors de sa prise pour qu’il devienne le témoin et le bénéficiaire, à la fois blessé et heureux, de l’action de Dieu là où il était conduit sans le savoir. Le renoncement ne fait rien perdre, il fait recevoir ce que le pèlerin ne pouvait conquérir par ses propres forces. Il y reçoit sa tâche et finalement sa joie. 

Je me suis rendu compte qu’il y avait des questions qui étaient plus importantes que d’autres. C’était bien la vérité, la liberté… c’était bien tout ça. Mais je voulais savoir si Dieu existait pour vrai, et si ça avait des conséquences dans ma vie, cette affaire. 
En arrivant à Montréal, je suis allé habiter chez les Dominicains. Pendant une année, j’ai vécu avec les frères. J’étais l’un des seuls qui avaient moins de 75 ans, c’est intéressant. J’y ai rencontré Rick, qui est devenu mon accompagnateur spirituel. 
J’ai donc cheminé avec cette communauté. J’étais vraiment touché par cette joie profonde que je ne connaissais pas. Cette joie que les frères avaient d’être ensemble, de louer le Seigneur. J’allais aux offices, j’allais à la messe. Je ne comprenais pas grand-chose, mais je prenais ce que je pouvais de tout ça. 
Je ne connaissais rien à la foi, or c’est surtout par leur joie et par les conversations autour de la table que j’ai été catéchisé.

Après une année là-bas, j’ai demandé aux frères de pouvoir vivre le postulat. Ils m’ont dit : « Jonathan, tu es vraiment quelqu’un de super. Ça serait génial que tu sois avec nous, mais il y a un petit problème : tu ne crois pas en Dieu !». 
C’est étonnant combien leur joie m’a touché, et comment leur vie m’appelait avant même que je ne connaisse le Seigneur. Réalisant la nécessité de connaître Dieu personnellement, je me suis mis en route vers lui. J’ai demandé à Rick de me présenter une autre communauté, un autre cadre pour cheminer autrement, et le plus différent possible. 
Rick m’a dit : « Très bien, je vais te présenter la Communauté du Chemin Neuf, qui va ouvrir un foyer d’étudiants à Montréal à la résidence Ignace-Bourget. ». J’y ai rencontré Marie Salmon qui m’a proposé d’intégrer le foyer. 
Deux semaines plus tard, la veille de la Pentecôte, j’y ai emménagé. Et le jour de la Pentecôte, je me suis retrouvé au milieu d’une centaine de personnes en beige et blanc, qui chantaient en langues, faisaient des danses israéliennes. Je me suis demandé où j’étais tombé… Mais, encore une fois, c’est la joie de ces gens qui m’a touché. 
J’ai commencé à prier dans ma chambre, tranquillement, avec mes pauvres mots. Puis, j’ai demandé au Seigneur, s’il existait, de se révéler à moi. Quelques instants plus tard, dans la chambre 002 à la résidence Ignace-Bourget, le Seigneur est venu à ma rencontre. 

L’hiver suivant, j’ai fait le Cycle C à Hautecombe, puis la retraite des 30 Jours. Les 28 premiers jours de la retraite, je pensais être appelé à devenir Dominicain. Mais le Seigneur m’a fait comprendre que le lieu où je vivais vraiment avec lui, où le cadre me correspondait et me permettait de le rencontrer, c’était au Chemin Neuf. 
Je pouvais m’imaginer partout ailleurs, énumérer une multitude de scénarios dans ma tête où je pourrais le suivre. L’évidence de ce que le Seigneur m’avait montré était plus grande. C’est la seule raison pour laquelle je suis rentré dans la communauté, la connaissant toutefois très peu. 
Après la formation, je suis resté une autre année à Hautecombe, puis, j’ai rejoint les Pothières pour m’occuper des dons alimentaires, avant que ça ne s’arrête. C’était super de voir déferler cette providence. Deux ans plus tard, je suis allé à Chartres, reprendre des études de philosophie. Pour moi, c’était un immense cadeau de pouvoir les vivre à nouveau, mais comme croyant ! 

Foyer CCN de Montréal
Foyer CCN de Montréal

On m’a ensuite proposé de retourner à Montréal pour m’occuper du foyer. Là où j’avais rencontré le Seigneur ! Ce fut une grande surprise. Ceux qui connaissent un peu le climat religieux à Montréal savent que c’est un peu complexe. Malgré tout, la soif des jeunes chrétiens y est incroyable. Trois ans de mission très féconde, très riche. 
Et j’arrive ici, à la maison du 59, à Lyon, où il y a autant de membres de la communauté dans la maison que dans tout le pays du Canada ! Dans les deux premiers jours à la maison, j’ai vu plus de communautaires qu’en trois ans au Canada ! C’est assez impressionnant de me retrouver là. 

Jonathan Boulianne

J’aimerais aussi vous partager quelque chose que je continue à découvrir régulièrement et qui continue de m’émerveiller. Comment le Seigneur se débrouille avec moi, avec ma vulnérabilité. Pour moi, c’est une question qui est très concrète. Ça a commencé lorsque j’ai appris, quand j’habitais à Chartres, que j’avais la sclérose en plaques. C’est une maladie auto-immune actuellement incurable. Aujourd’hui, grâce aux médicaments toutefois, la maladie est très stable. Au point qu’il m’arrive même d’oublier que j’ai cette maladie. 

Mais ce n’était pas assez de dire, c’est bon, je suis malade, pour être vulnérable. J’ai eu des passages difficiles, puis j’ai pu me reprendre et revenir dans une posture de force. Au Canada, j’ai aussi eu de gros problèmes de dos, qui m’ont cloué et me clouent encore souvent au lit. 
La première année au pays, après une hospitalisation un peu rude, je me suis promené en déambulateur dans la maison. Il m’a fallu plusieurs semaines pour marcher normalement. Et plusieurs années pour retrouver une activité normale. 
C’est une expérience étonnante, parce que je me suis rendu compte que je ne pouvais plus faire certaines choses dans la vie communautaire et la mission. Et j’ai été obligé d’accepter de dépendre. Voilà ! 
Mais dépendre quand tu ne peux pas marcher, plus faire à manger, plus lever des trucs. Moi, je trouve ça très dur de vivre ça, d’accepter, jeune, de ne pas pouvoir faire plein de choses, de devoir regarder les autres courir dans tous les sens sans pouvoir marcher. Ma tête marche bien, heureusement, merci Seigneur, mais le reste, moins. 

Dans la mission, j’ai dû beaucoup dépendre. Nous étions souvent des équipes très réduites. Comme responsable de la mission jeune et du foyer, je devais laisser les autres faire à ma place. C’était dur d’accepter ça pour moi. 
Mais je me suis rendu compte que, quand je lâchais vraiment mon truc, que je faisais confiance, malgré le peu de forces de l’équipe, notre fatigue, et que j’acceptais de ne pas pouvoir faire, là, c’était plus qu’efficace, c’était fécond ! 

Quand je faisais confiance, là, c’était plus qu’efficace, c’était fécond ! 

Le Seigneur ne m’a pas toujours donné le moyen de faire les choses comme je l’aurais voulu, mais il me donne souvent le moyen de consentir à ne pas pouvoir faire. C’est toujours dur, humiliant, de dépendre jusque-là̀. Et en même temps, je me dis que Jésus est né à la crèche. La crèche ça pue. C’est sale. Lui non plus ne pouvait rien faire. Il dépendait de tout le monde. 
C’est le chemin que le Seigneur a choisi pour nous aussi. Et je crois que c’est le chemin de la vraie joie. Le chemin de la communion entre nous. Pourvu qu’on se laisse faire. 

J.B.

Marie-Noëlle Marguerite

La prière, parce que quand on est loin, perdu au bout du monde, si on n’est pas avec Jésus, on est « foutu ». Parce qu’il n’y a que Jésus. On peut avoir mille problèmes, ça peut ne pas être simple, mais, si on est enraciné avec Jésus, on peut aller loin, on peut vraiment se déployer. 

Pour moi, le pardon est très lié au partage, à la fraternité. Combien de réconciliations ai-je vécu, mon Dieu ! Les frères de Kinshasa peuvent en témoigner. On se réconciliait presque toutes les semaines. Nous sommes tellement différents, avec des backgrounds très différents. Mais, quelle richesse de pouvoir se réconcilier et partager ce que l’on est ! 

Moi, ce qui m’a fait durer, dans les différents pays où j’ai habité, c’est vraiment de partager ce que je suis moi-même. Pas seulement partager en fraternité parce qu’il faut le faire tous les mercredis. Mais, y partager ce que je suis, partager mes faiblesses. 
Quand je suis arrivée en France, je croyais être très forte, parce que j’avais de l’énergie. J’aime bien faire des choses, foncer et aller. Je pensais que tout le monde devait faire comme moi. Parce que, pour moi, quand je cours, il faut que les autres courent aussi. Mais, petit à petit, j’ai réalisé : « Mais en fait, Marino, tu ne peux pas courir et laisser tes frères derrière. Tu vas aller seule. ». 
Ce sont les frères qui m’ont appris à attendre, à être patiente, à reculer, à regarder derrière. Et je peux vous dire que c’est vraiment génial ! Maintenant, c’est moi qui essaie de calmer les frères. Vous connaissez Stéphane ? Il court plus vite que moi. 
Aujourd’hui, ça m’aide, de dire : « Attends, attends, là, il faut qu’on s’arrête, parce que les frères ne sont pas avec nous. On va s’asseoir, on va prier, on va discuter. ».
Pour moi, ça a été vraiment un changement dans ma façon de faire. Sur ce chemin, on a pu se demander pardon, se réconcilier. Et aujourd’hui, les frères que j’ai tellement de joie à rencontrer, ce sont ceux avec qui j’ai partagé tout cela et avec lesquels je me suis réconciliée. 

J’ai quitté Kinshasa il y a sept ans. A Kin, c’est vrai, il y avait de belles missions :
on a construit la maison de Menkao, planté des arbres, c’était génial. Mais, en fait, ce n’est pas ce qu’il me reste. Ce qu’il me reste, ce sont les frères et sœurs. Peut-être ne les reverrai-je jamais plus ? Mais cette fraternité, elle est au-delà̀ de ce que j’attendais. Quand Je suis arrivée à Kin, je faisais cette prière : « Jésus, aide-moi à aimer ce peuple ». Arrivée aux Philippines, j’ai fait la même prière : « Donne-moi d’aimer ce peuple. Donne-moi d’aimer les frères avec qui tu m’envoies ». Et je crois que je les ai aimés. Et je crois qu’ils m’ont aimée aussi. 

Quand j’ai quitté la France pour aller à Kinshasa, on a prié pour moi, et j’ai reçu l’image d’une femme qui était enfermée dans une caisse. « Oh là là, qu’est-ce qui m’attend là-bas ? », me suis-je dit. « Bon, peut-être que je vais aller délivrer les gens. ». Mais, quand j’ai quitté Kin, j’ai réalisé qu’en fait, c’était eux qui m’avaient délivrée. Je suis repartie libre, libre de beaucoup de choses. C’est pour cela que mon cœur est encore là-bas. J’espère qu’un jour, j’y retournerai. Parce que je sens que ce peuple et ces frères, avec qui j’ai vécu, m’ont rendue libre pour pouvoir aller partout, ailleurs. 

Fraternité de Manilles
Fraternité de Manilles

On parle beaucoup d’inculturation aux Philippines. Comment être attentif aux mentalités et traditions du peuple philippin, un peuple si différent des peuples européens ou même africains, et les intégrer ? On parle beaucoup de ça. Des fois même, je suis fatiguée de parler de ça. Personnellement, je me dis que s’inculturer, ce n’est pas devenir l’autre. Je ne peux pas devenir philippine parce que je suis mauricienne et je resterai mauricienne. 
Je suis passée en France. Quelque part, j’ai pris un peu de cette culture française.
J’aime beaucoup le fromage. J’aime beaucoup la viande. Et, en dehors de la nourriture, je sens que mon cœur, il est aussi un peu français. A Kin, c’est pareil. Mon cœur, il est un peu kinois. En fait l’inculturation, c’est donner ce que je suis et prendre ce que l’autre est.
Et arriver à trouver le juste milieu entre les deux. Et je refuse de devenir une philippine. Je refuse de devenir une kinoise. Parce que j’ai besoin d’être internationale. 

M-N. M

FOI : Michaela, pourrais-tu retracer le lien historique et vital entre la Communauté du Chemin Neuf et la vie charismatique ? 

M.B. : Je commencerais même avant, en relisant les Actes des Apôtres. A la Pentecôte, l’Esprit Saint est reçu pleinement et donne naissance à l’Église. On voit alors surgir la vie communautaire. Ac 2, 44 : « Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; […] 46 Chaque jour, d’un même cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple, ils rompaient le pain dans les maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité de cœur ; 47 ils louaient Dieu. » Pour moi, la vie communautaire – dans un sens général large est un fruit normal de l’accueil de l’Esprit Saint. 

Et cela s’est reproduit à plusieurs moments de l’histoire de l’Église. Dans les années 1970, le renouveau charismatique a touché de nombreuses Églises et traversé le monde entier, jusqu’ en France. Dans ce premier groupe de prière charismatique à Lyon, au début des années 70, l’Esprit Saint a suscité ce désir de la vie en communauté. Le Père Laurent Fabre, ainsi que Jacqueline Coutellier et d’autres, ont vécu cette démarche fondatrice du Baptême dans l’Esprit Saint, démarche où je reconnais Jésus comme Seigneur dans ma vie et j’accueille pleinement l’Esprit Saint. Ayant vécu

cette démarche fondatrice dans la foi chrétienne, ils ont naturellement ressenti ce désir de la vie communautaire.
Dans la communauté, nous aimons bien dire que nous sommes nés dans un groupe de prière ; cette vie charismatique est comme notre berceau, elle est dans l’ADN même de la communauté. 

FOI : Est-ce que cette expérience charismatique rejoint ton histoire personnelle avec le Seigneur ? 

M.B. : Ce qui me rejoint plus personnellement, c’est l’aspect œcuménique de ces moments d’assemblée de prière charismatique. C’est vrai que le renouveau charismatique a été immédiatement œcuménique, il a rassemblé des Chrétiens de toutes confessions. Aujourd’hui, c’est l’assemblée de prière charismatique qui me semble la plus universelle dans notre communauté, celle qui nous rassemble tous. En arrivant dans la communauté, je me suis tout de suite retrouvée dans cette forme de prière, et notamment dans le chant en langues, qui ne nécessitait même pas que je parle bien français à l’époque. Donc, il y a quelque chose d’universel qui me permet de me retrouver tout de suite dans cette vie communautaire internationale œcuménique. 

FOI : Comment décrirais-tu la vie charismatique ? Est-ce que cela ne concerne que les moments d’assemblée de prière ? 

M.B. : Là aussi, il faut scruter la Parole de Dieu. Je pense au verset en 1 Corinthiens 6, 19, où Paul dit : « Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit-Saint, lui qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu. ». Cela veut dire que l’Esprit-Saint habite en moi, et cela 24 heures sur 24. Donc, ce n’est pas tellement la question d’un moment ou d’un lieu particulier, c’est plutôt une inhabitation de l’Esprit-Saint en nous, qui se vit dans le quotidien. C’est une manière de vivre, une manière de cheminer avec Dieu, d’être ouvert 24 heures sur 24 à l’action de l’Esprit-Saint. 
Un autre verset me parle beaucoup, en Jean 5 verset 17, où Jésus dit : « Le Père est toujours à l’œuvre, et moi je suis à l’œuvre. ». En gros, Dieu est à l’œuvre 24 heures sur 24, et à nous, dans l’ouverture du cœur, de nous associer à l’œuvre de Dieu qu’il est déjà en train de faire. 
Autrement dit, l’Esprit-Saint va me conduire à écouter sa voix, à être attentif aux motions des esprits en moi, tout au long de la journée, dans toutes sortes d’événements, de rencontres et de situations. Et ce qui est vrai pour ma vie personnelle l’est aussi pour notre vie communautaire. 
Puis, en Romain 8, Paul parle de l’Esprit Saint comme celui qui a pu ressusciter Jésus d’entre les morts : « L’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous ». C’est aussi une question de tous les jours : vivre et agir dans les dimensions du Dieu vivant, et pas seulement par mes propres forces. La vie charismatique m’incite à croire au-delà̀ de mes propres moyens, et, dans une vie communautaire, nous allons chercher à nous appuyer sur cette force de Dieu qui nous dépasse. 

L’Esprit-Saint va me conduire à̀ écouter sa voix, à être attentif aux motions des esprits en moi, tout au long de la journée, dans toutes sortes d’événements, de rencontres et de situations. 

De plus, que ce soit dans l’Ancien ou le Nouveau Testament, on lit que l’Esprit-Saint suscite des dons. Non seulement des dons qu’on dirait aujourd’hui charismatiques, comme la prophétie, la guérison, etc., mais aussi des dons qui concernent nos activités de tous les jours. Paul parle d’enseignants, d’apôtres ou de bergers, et l’Ancien Testament parle tout aussi bien du don du travail manuel ou d’autres choses très concrètes. 
La vie dans l’Esprit, c’est 24 heures sur 24, m’ouvrir à l’Esprit-Saint et le laisser déployer en moi tous les dons qu’il veut déployer à travers ma vie. 

FOI : En quoi est-ce un enjeu particulier pour la communauté aujourd’hui, en 2024 ? 

M.B. : Pour moi, la vie charismatique trouve sa source dans la prière. Et prier, ça s’apprend en priant. Je ne parle pas seulement du temps matinal de la prière personnelle, mais d’une manière de vivre à l’écoute de l’Esprit. Dans cette année de redéploiement missionnaire, l’enjeu pour nous est de pouvoir discerner la volonté de Dieu pour chacun d’entre nous et pour notre communauté toute entière. Et ce discernement de la volonté de Dieu ne peut se faire que dans une ouverture à l’Esprit Saint, personnelle et communautaire. 
Dans nos Constitutions, il est écrit que c’est la prière personnelle de chacun, c’est-à-dire la relation personnelle de chacun d’entre nous avec le Christ, qui rend la communauté solide. Communautairement, c’est tout aussi vrai. Si notre prière communautaire est vivante et régulière, sincère et authentique, Dieu aura son aujourd’hui avec nous. Si elle ne l’est pas, si je n’y participe pas tellement, ou si elle n’est pas vécue avec une ouverture du cœur, on aura du mal à saisir la volonté de Dieu. On va réfléchir beaucoup, organiser beaucoup, mais ce sera assez fatiguant. Si nous sommes ensemble à l’écoute de l’Esprit, dans une démarche vraie et quotidienne, Dieu pourra nous conduire. La vie charismatique représente un autre enjeu pour la Communauté, un enjeu qui concerne les missions, un enjeu « ad extra ». Il s’agit, pour nous, de rester fidèles à cette décision prise communautairement de proposer la démarche du Baptême dans l’Esprit Saint dans les sessions et retraites que nous animons, car il s’agit d’un trésor à partager avec toute l’Église. (cfr la parole du pape Paul VI à la Pentecôte 1975 : « Le renouveau charismatique est une chance pour l’Église »). 

C’est la prière personnelle de chacun, c’est-à-dire la relation personnelle de chacun d’entre nous avec le Christ, qui rend la communauté solide. 

La prière

FOI : La prière charismatique est un des modes de prière où la Parole de Dieu a une place centrale. 

M.B. : En effet, un des fruits du Baptême dans l’Esprit Saint, c’est d’avoir du goût pour la Parole. La Parole de Dieu est le moyen par lequel Dieu se révèle, se fait connaître et par lequel il travaille dans nos vies. Ce n’est pas le seul, mais c’est un des lieux par excellence où Dieu se laisse rencontrer.
La Parole de Dieu est à la fois extérieure à moi et elle me précède. Elle n’est pas dépendante de mes émotions, de mon ressenti subjectif. Mais, dans le même temps, Dieu me parle à travers la Parole dans mon cœur, au cœur de ma vie, de manière très personnelle. Donc, c’est quelque chose qui me dépasse, mais qui va venir nourrir ma foi au plus profond de ce que je suis. L’Esprit Saint va naturellement me conduire à m’ouvrir à cette Parole et à l’accueillir pleinement. Et ma foi va s’appuyer sur cette parole. 
Donc, là, il y a un grand enjeu, que ce soit dans ma prière personnelle ou dans nos prières communautaires : pouvoir nous appuyer sur la Parole de Dieu. Il ne faut pas avoir fait des études de théologie, mais il s’agit d’être un habitué ou une habituée de la Parole de Dieu, pouvoir me promener dans ma Bible, un peu comme dans ma maison. Et puis, laisser sans cesse Dieu me parler à travers cette Parole qui rend ma foi solide. 

FOI : Tu pourrais nous partager une parole de Dieu que tu reçois en ce moment ? 

M.B. : J’aimerais bien partager une parole qui a été donnée cet été, durant la semaine communautaire, en France Sud, et qui a parlé à de nombreux frères et sœurs : Hébreux 10, les versets 23 à 25. « Continuons sans fléchir d’affirmer notre espérance, car il est fidèle celui qui a promis. Soyons attentifs les uns aux autres pour nous stimuler à vivre dans l’amour et à bien agir. Ne délaissons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l’habitude, mais encourageons-nous, d’autant plus que vous voyez s’approcher le jour du Seigneur ». 
Pour moi, il y a là-dedans cette attention fraternelle, nos assemblées, où Dieu va agir, où il va parler, et puis l’espérance aussi pour le temps d’aujourd’hui, qui a besoin d’espérance.
Je trouve que ces versets résument assez bien l’enjeu pour nous aujourd’hui. 

Propos recueillis par Pascale Paté